Matin Première

La bulle de Josef Schovanec : le "blue monday" sous un autre jour

Ce 20 janvier 2020 a un nom, ou plutôt un surnom : on l’appelle parfois le " blue Monday ". Il s’agirait du jour le plus déprimant de l’année. Comment cela ? Des savants ont fait divers calculs, en prenant en compte de multiples paramètres : le jour de la semaine, dont le lundi est censé être le plus déprimant, la saison, à savoir le creux de l’hiver, encore loin du printemps, puis l’éloignement des fêtes du nouvel an combiné à l’avancement dans le mois, synonymes de finances personnelles au plus bas et d’autres choses encore, pas très réjouissantes, on en conviendra.


A vrai dire, le concept de " blue Monday " a son lot de controverses : il s’agissait en fait d’une opération commerciale, d’une sorte de marketing viral qui aurait eu un succès bien au-delà des espérances de ses initiateurs. D’autres ont critiqué le blue Monday d’un point de vue scientifique : les paramètres qui déterminent sa date ne reposent que sur des préjugés, certes d’apparence raisonnable, mais sans fondement empirique, ni validation par une étude savante.

Ce que fort peu de critiques ont remarqué est pourtant le plus évident : combien les paramètres fixant le blue Monday au 20 janvier sont relatifs à une culture et à une façon de voir le monde. Vues d’Europe occidentale ou d’Amérique du Nord, certaines choses paraissent évidentes et universelles, alors qu’en vérité il n’en est rien : non, pour beaucoup de gens le mois de janvier, à supposer qu’ils aient le même calendrier qu’en occident, ne marque pas l’hiver ; pour d’autres, par exemple ici au sultanat d’Oman, l’hiver peut être la période de l’année la plus agréable. Par ailleurs, l’immense majorité des humains de la planète ne fête pas Noël et le nouvel an du 1er janvier. Et n’ont pas un weekend les samedis et dimanche.

Pour le dire autrement : la détermination du blue Monday habille de façon scientifique des spécificités arbitraires de la vie en occident. C’est à cette aune que l’on observe à quel point l’occident est homogène, à quel point la vie y est normée, et à quel point il est difficile quand on est plongé dans le bain d’imaginer un autre monde.

Pourtant, échapper à la déprime du blue Monday est à portée de main : il suffit de voyager, géographiquement ou mentalement. Et de miser sur la différence humaine : après tout, pourquoi faudrait-il être déprimé.e en hiver ? Surtout : je regrette que l’on ait choisi la couleur bleue pour désigner la déprime, alors qu’il s’agit de la couleur de l’autisme, couleur préférée des autistes. Celle du ciel infini. Très bon blue Monday donc et à bientôt.

 

 

 

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