Matin Première

La bulle de Josef Schovanec : "L'Occident aspirait depuis longtemps à adopter un mode de vie covid"

Avez-vous suivi l’actualité de ces dernières 24H ? Petit aperçu des titres :

- Basket-ball : l'Olympique et Dumbéa prennent une option sur le titre

- Deux refus de priorité, un motard hospitalisé au Médipôle

- Les réfugiés de Maré à la recherche d'un dock

- Do Kamo : un parcours santé géant sur toute la Grande Terre

 

Ce petit extrait, pris tout à fait au hasard, sur le site des Nouvelles Calédoniennes, liste les événements de la Nouvelle-Calédonie.

Quelque chose vous surprend ?

Oui : pas un mot sur le Covid. Vous avez beau chercher, lire autant qu’il vous plaira, vous ne verrez rien sur l’épidémie. De même sur les photos : rien, aucun masque, aucune distanciation, fêtes massives.

La Nouvelle-Calédonie, une exception ?

Non. Sans même compter le cas particulier des pays du Pacifique où le virus n’existe pas (mais que, de façon ironique, le ministère belge des affaires étrangères s’obstine à mettre en zone rouge), dans de nombreux pays du monde il n’y a pas un mot sur le virus dans l’actualité : pays d’Asie ou d’Afrique, par exemple. L’épidémie, pour autant que les gens sachent de quoi il s’agit, relève déjà d’un lointain passé.

 

Le coronavirus un non-sujet absolu ailleurs 

On serait de mauvaise foi de dire que ces pays sont des dictatures qui étouffent la liberté de la presse. Rien de plus faux dans l’immense majorité des cas. A nous d’en tirer l’amère conclusion : contrairement à ce que l’on pourrait croire, de ce que l’on voudrait croire par une sélection soigneuse des informations, l’épidémie ne chamboule qu’une poignée de pays, blancs et occidentaux pour la plupart.

Pour la grande majorité des humains de la planète, il s’agit d’un non-sujet absolu. Ils travaillent, bâtissent leur avenir. Fin de règne pour le nombrilisme occidental : désormais, le virus des blancs est au coeur d’innombrables blagues et plaisanteries.

Certes, pour les pays blancs d’extrême-occident, il y a eu un frémissement : avec la présidentielle américaine, enfin un événement a détrôné l’épidémie des Unes des médias. Et il semblerait que le virus parvienne de plus en plus difficilement à se hisser en haut de l’actualité.

Faut-il s’en réjouir ?

Pas nécessairement. Comme l’a indiqué De Croo, rejoint par les inénarrables virologues, les fameuses " mesures " ont vocation à être semi-définitives, en tout cas perdurer pour notre génération. Il est dès lors fort possible qu’avec la disparition du virus de l’actualité, la pérennité de la situation soit tout simplement avalisée par consentement tacite. Après tout, désormais, tout le monde juge normal qu’écoles et magasins soient fermés – de toute façon, à quoi servent-ils ?

Lors d’un déplacement récent dans un autre pays, j’ai été moi-même choqué de voir des magasins ouverts, trouvais cette vue scandaleuse. C’est là que j’ai compris que j’étais de la génération covid. Celle qui prend plaisir à voir des rues vides. Celle qui tient pour criminel de sortir de chez soi. Celle pour qui le travail est une activité douteuse ou dangereuse. Celle pour qui l’endettement n’est opposable qu’aux pays du tiers-monde.

L’Occident aspirait depuis longtemps à adopter un mode de vie covid

Quand on mesure cette accoutumance au covid, on saisit le véritable risque que représente l’hypothétique vaccin : celui de mettre en péril notre mode de vie. Au début des confinements, les gouvernements européens redoutaient des explosions de désobéissances civiles. Il n’en fut rien, à l’immense surprise des dirigeants.

A mon sens, l’Occident aspirait depuis longtemps à adopter un mode de vie covid. Le virus n’a que favorisé la transition, réalisé notre destin profond. Scientifique, si l’on veut. Après tout, tant de civilisations se sont déjà effondrées avant nous.

 

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