Matin Première

La bulle de Josef Schovanec : L'auto-confinement diffuse le mode de vie autistique

Dernièrement, plusieurs sommités scientifiques belges ont appelé les gens à l’auto-confinement. A se mettre en retrait, de façon volontaire, de la vie sociale, dans l’objectif de réduire la propagation du virus.

En tant qu’autiste, je ne peux que me féliciter de ces efforts pour diffuser le mode de vie autistique.

 

Toutefois, je ne pense pas que les éminents scientifiques aient saisi le danger terrible derrière cette proposition : que les gens, en découvrant la douceur du mode de vie reclus, y prennent goût et conservent ce mode de vie pour toujours.

Un mode de vie qui amène une grande béatitude ?

En vérité, c’est simple : quand vous n’avez ni vie de couple, ni enfants, ni proches parents, quand vous ne fréquentez personne, quand vous réduisez votre consommation au plus strict minimum en éliminant en particulier tout achat dit " de plaisir ", quand vos seules activités sont des méditations solitaires dans la nature ou face à de vieux livres sans copyright, une grande béatitude ne tarde pas à se faire ressentir.

Et cette attitude tend à devenir définitive, une fois que vous opposez une fin de non-recevoir aux pressions pour vous resocialiser.

 

Vient un moment où l’on comprend que ce fameux mot, " essentiel ", recoupe fort peu de choses.

On peut parfaitement vivre sans du tout aller au restaurant, sans jamais aller chez le coiffeur.

Même les supermarchés jugés essentiels proposent des produits à au moins 80% totalement superflus.

On peut parfaitement bien manger, à la manière des autistes, des pâtes tous les jours, toujours les mêmes. Non, on n’a pas besoin de conjoint, encore moins d’enfants pour son bonheur – c’est même tout l’inverse. Non, on n’a pas besoin d’un gros salaire : on peut travailler un minimum, si possible dans un métier méprisé et mal payé pour éviter le risque de la tentation de vouloir faire carrière. Encore moins besoin d’une grande maison : un petit coin pour dormir suffit largement.

Un mode de vie minimaliste et reclus

Ces évolutions sociales ne sont pas irréalistes : dans des pays tels que le Japon, un nombre croissant et conséquent de jeunes pratiquent un tel mode de vie minimaliste et reclus. A commencer par les plus doués et intelligents. Ici en Europe je connais nombre de jeunes qui ne sont quasiment plus sortis de chez eux depuis mars, et dont on peut dire avec une quasi-certitude qu’ils n’auront jamais de travail dans leur vie, encore moins de famille ou d’amis. Et leur nombre est fortement en hausse. Et ce sont parmi les plus intelligents et lucides de leur génération.

Le confinement nous fait découvrir une autre manière de vivre

Je crois donc qu’un auto-confinement ou un confinement long, comme en Argentine où le confinement dure depuis sept mois et que l’épidémie s’aggrave malgré tout, que cela nous fasse découvrir une autre façon de vivre. Avec son bonheur serein addictif qui la rend définitive.

Je ne peux que m’en féliciter. Avec toutefois une nécessaire lucidité sur la contrepartie : la fin de l’économie telle que nous la connaissons. Mieux encore : la fin du système politique en place. Car, une fois que vous menez une vie sereine en auto-confinement strict et définitif, qu’en avez-vous à faire du régime politique en place, lequel ne peut que s’effondrer ? La joie, c’est de ne pas du tout suivre l’actualité, d’ignorer le nom du président du MR. Et le vrai bonheur, c’est d’ignorer le nom de l’éventuel Premier ministre.

N’y a-t-il pas mieux à faire dans la vie que de vouloir socialiser ?

 

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