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La 3ème guerre mondiale déclenchée par erreur : fiction ou réalité ?

La 3ème guerre mondiale déclenchée par erreur : fiction ou réalité ?
La 3ème guerre mondiale déclenchée par erreur : fiction ou réalité ? - © Pixabay

Il y a 25 ans, le 25 janvier 1995, le monde est passé à côté d’une véritable catastrophe, une confrontation nucléaire entre deux super puissances. Ce n’est pas la première fois de l’histoire que ce genre d’incident advient et que l’erreur humaine est en cause. Pierre Marlet revient sur ces bouleversements évités de justesse.

Improbable attaque nucléaire

En ce 25 janvier 1995, ce n’est plus la guerre froide. L’Union soviétique s’est désagrégée et Boris Eltsine préside une Russie qui cherche l’apaisement avec les Occidentaux. C’est dans ce contexte qu’est lancée Black brant 12 de la base d’Andoya, dans le nord de la Norvège. C’est une fusée-sonde à objectif scientifique : elle a pour but d’observer les aurores boréales au-dessus de l’archipel des Svalbard, mais elle est évidemment repérée par les radars russes. À la station d’Olenegorsk, tout au nord de la Russie, les opérateurs sont inquiets car à leurs yeux, la fusée en question suit une trajectoire troublante : celle que mettrait un missile Trident lancé par un sous-marin américain depuis la mer de Barents, au nord de la Norvège. Autrement dit, ils interprètent l’écho sur leur radar comme une possible attaque nucléaire. Les militaires russes donnent immédiatement l’alerte et c’est le président Eltsine lui-même qui est contacté. Si c’est bien un missile Trident, il risque d’atteindre sa cible en une dizaine de minutes. Boris Eltsine est donc placé face à un dilemme : ne rien faire en se disant que ses militaires se trompent ou ordonner une réplique préventive au risque de provoquer une escalade incontrôlable. Heureusement, le chef d’État prend la bonne décision, il ne croit pas à l’attaque. On l’a échappé belle. Les scientifiques norvégiens et américains avaient en fait averti plusieurs pays, dont la Russie, de ce lancement, mais visiblement la station d’Olenegorsk n’en avait pas été informée.

Autres incidents techniques

De la même manière, en 1962, lors de la crise de Cuba, l’humanité a retenu son souffle. Américains et Soviétiques ont joué à se faire peur. C’est d’ailleurs après cette crise qu’est né le téléphone rouge, hot line dans la langue de Shakespeare, une ligne directe qui permettait aux deux chefs d’État les plus puissants et les plus armés du monde de se parler directement pour désamorcer une crise ou s’avertir en cas d’incident technique. Cette hot line inspirera par la suite un film légendaire à Stanley Kubrick, une comédie caustique : " Doctor Strange Love " (ou Docteur Folamor en français).

D’autres incidents techniques, dont l’évocation fait frissonner, ont également déjà eu lieu, même si les deux parties ont heureusement gardé leur sang-froid. En 1979, par exemple, le commandement américain voit apparaître une alarme dans son système informatique : 200 missiles soviétiques ont été lancés sur les États-Unis. 200 qui deviennent ensuite 2200. Là encore, il faut réagir rapidement et les bombardiers nucléaires sont mis en état d’alerte, prêts à décoller. Finalement, il s’agira aussi d’une erreur : un informaticien avait introduit un scénario d’entraînement sans prévenir ses collaborateurs.

Quels scénarios possibles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, même si les technologies ont évolué, le risque que de tels incidents se produisent existe toujours. Les citoyens ne l’apprendraient cependant que dans quelques années puisqu’ils seraient actuellement classés secret défense. Le plus bel exemple de ce genre de catastrophe vient d’avoir lieu en Iran avec cet avion de ligne abattu par erreur. Certains diront que les Iraniens sont moins bien équipés ou organisés que les Américains, mais il faut savoir qu’en 1988, ces derniers ont abattu un avion civil iranien, confondu avec un bombardier. Plus récemment, un avion de la Malaysia Airlines a été la cible de rebelles russes dans l’est de l’Ukraine. Chaque fois, il s’agit bien d’un missile lancé par erreur. Pas d’un missile nucléaire, heureusement, ce qui limite les effets de ces tragédies. Cependant, même si une très grande majorité des bombes nucléaires sont russes ou américaines, de plus en plus de pays détiennent également des ogives nucléaires, à l’image de la Corée du nord. Et ce qui inquiète, c’est que les traités de non-prolifération des armes nucléaires sont remis en cause par ses signataires, au premier rang desquels il y a les États-Unis.  Selon une récente enquête commandée par la Croix-Rouge, plus d’une personne entre 20 et 40 ans s’attend à une attaque nucléaire durant cette décennie, même si 84% jugent inacceptable l’utilisation de telles armes. Reste à espérer que cela soit seulement le reflet d’une angoisse et que les militaires et les politiques concernés fassent preuve d’autant de sang-froid dans le futur qu’ils ont eu par le passé.

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