Matin Première

L'Italie au bord de l'idolâtrie pour Mario Draghi

Un vent d’optimisme souffle en ce moment sur l’Italie. Le pays est sans gouvernement depuis près de trois semaines. En pleine crise Covid, il y aurait de quoi désespérer. Et pourtant, non. Une bonne partie des Italiens ont retrouvé l’espoir… Car un homme providentiel va prendre les rênes du pays, c’est Mario Draghi, l’ancien patron de la Banque centrale européenne.

Mario Draghi, "le sauveur de l'euro"

L’homme jouit d’une incroyable aura. Beaucoup l’ont appelé le " sauveur de l’euro " lors de la crise financière. Aujourd’hui, beaucoup d’Italiens veulent y voir " Il Salvatore della Patria ", le sauveur de la Patrie. Rien que ça !

Salué pour son extraordinaire expérience, son autorité morale, porté par une vague d’éloges, Mario Draghi marche presque sur l’eau… Une chose est sûre. Il a déjà accompli un véritable miracle. Celui qui va devenir premier ministre a réussi à rassembler autour de lui toute la classe politique italienne. Toute ou presque.

C’est un rassembleur. Il a réuni autour le centre gauche, la droite. Le Mouvement 5 Etoiles, pourtant farouchement antisystème et anti-élites, a hésité d’abord, puis a rejoint les convaincus parmi lesquels on retrouve même l’extrême droite de la Lega.

Un ralliement très étonnant

Même Matteo Salvini s’est converti. Lui qui accusait Mario Draghi d’être le complice du " massacre " économique de l’Italie.  Matteo Salvini, l’anti-européen, qui aujourd’hui veut peser sur l’utilisation des 209 milliards d’euros que l’Italie va recevoir du plan de relance… européen. De l’argent qui pourrait aider les petits entrepreneurs italiens, en particulier du Nord du pays, la base électorale traditionnelle de la Lega, qui voient eux aussi Mario Draghi comme un dirigeant rassurant.

En Italie, on n’est pas loin de l’idolâtrie.

Est-ce qu’en Europe aussi, Mario Draghi est vu comme l’homme providentiel ?

En Europe, Mario Draghi, c’est Super Mario, le sauveur de la monnaie unique. C’est lui qui a réécrit l’évangile de la Banque Centrale Européenne avec son fameux :

" What ever it takes ", " quoi qu’il en coûte ".

Un gestionnaire expérimenté a priori capable de confectionner un plan de relance Italien qui répondra aux exigences de la Commission européenne… et des Etats membres, en premier lieu des pays frugaux, Pays-Bas en tête, qui craignent que l’argent européen soit gaspillé par les Italiens, qu’il disparaisse dans la fraude et la corruption.

Si Mario Draghi annonce des réformes fortes, crédibles, il rassurera définitivement ses partenaires européens. Mieux, il pourrait peser lourd au sein du Conseil européen à un moment charnière dans l’histoire de l’Union européenne.

Mario Draghi arrive à un moment charnière

La pandémie a plongé le continent dans la plus grave récession depuis la seconde guerre mondiale. Et un débat, très important, se profile à l’horizon : que va-t-on faire avec les dettes publiques qui explosent dans les pays européens, désormais tous convertis au " whatever it takes " pour sauver leurs économies.

Pour le moment, les règles budgétaires européennes sont suspendues. Mais après ? Que va-t-il se passer ? Les dirigeants européens sont divisés. Les uns prônent un retour à l’orthodoxie budgétaire. Les autres veulent plus de souplesse.

Mario Draghi, lui, est favorable à un " bon " endettement, destiné à des dépenses publiques de qualité. Avec des résultats économiques à la clé, Super Mario pourrait convaincre les partisans de l’orthodoxie à se montrer plus flexibles.

Donc, s’il sauve l’Italie, Mario Draghi pourrait bien replacer son pays au firmament du ciel européen. Mais pour y parvenir, il devra d’abord sortir vivant de l’enfer de la politique italienne.
 

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