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L'œil de Pierre Marlet : la guerre du Vietnam, un enjeu crucial pour l'élection de Trump

L’œil de Pierre Marlet : la guerre du Vietnam, un enjeu crucial pour l’élection de Trump
L’œil de Pierre Marlet : la guerre du Vietnam, un enjeu crucial pour l’élection de Trump - © MANDEL NGAN - AFP

C’est une guerre qui s’est terminée il y a 45 ans mais qui continue de marquer l’Amérique : la guerre du Vietnam dans laquelle les Etats-Unis allaient s’embourber pendant une décennie. 45 ans plus tard, cette guerre pourrait peser sur cette dernière ligne droite de la campagne présidentielle et particulièrement sur Donald Trump. Analyse de Pierre Marlet

Une guerre qui a divisé l’Amérique

La guerre du Vietnam et avec elle l’image des vétérans, de ceux qui sont allés se battre là-bas et qui en sont revenus blessés physiquement ou marqués psychologiquement. Fallait-il y aller ou pas, était-ce oui ou non une guerre juste, dieu sait que le débat a marqué l’Amérique des années 70 et qu’il n’est pas complètement tranché dans la société américaine d’aujourd’hui, elle a laissé des marques profondes entre pro et anti.

En 2020, il y a plus d’anti dans le camp démocrate que dans le camp républicain et il y a 4 ans, une majorité de vétérans, d’Irak ou du Vietnam, a voté majoritairement pour Donald Trump et non pour Hillary Clinton. Autrement dit, s’il veut être élu, l’actuel président doit pouvoir compter sur les vétérans et tout ce qu’ils véhiculent dans la société américaine.

Le vote des vétérans du Vietnam, des voix cruciales pour Trump

Le vote des vétérans n’est peut-être pas acquis pour Donald Trump en raison d’une polémique qui inonde la toile et les plateaux télé aux Etats-Unis.

Les vétérans seraient "des suckers et des losers." Des nuls, des perdants, des pigeons, des idiots : voilà comment Donald Trump qualifierait les vétérans américains. Et ces accusations, elles ont été confirmées publiquement par Jennifer Griffin, une journaliste vedette de Fox News, la chaîne préférée du président qui d’habitude est dans son camp.

Quand le président parle du Vietnam, il dit que c’est une guerre stupide et que celui qui y est allé était un idiot. Ces propos la journaliste les tient d’une source de l’entourage de Trump à l’époque. L’attaque est rude pour Donald Trump, lequel estime d’ailleurs que cette journaliste devrait être virée.

Mais le mal est fait pour le président parce que de tels propos cadrent mal avec la fonction présidentielle.

Trump n’en serait pas à sa première attaque des vétérans

Certains vétérans ont pris la parole pour défendre le président et crier au complot, ils ne veulent pas croire le président.

N’empêche Jennifer Griffin jette le trouble chez d’autres parce que ces attaques sont précises : ces propos blessants sur les anciens du Vietnam auraient été tenus en France il y a 2 ans lors des cérémonies de la fin de la première guerre mondiale.

Dans le programme officiel, il était prévu que le président américain se rende au cimetière américain du bois Belleau à une petite centaine de kilomètres de Paris. Il n’y est pas allé officiellement en raison de problèmes de sécurité parce que le temps maussade l’aurait obligé à s’y rendre en voiture et non en hélicoptère mais en réalité, il aurait dit ceci :

Pourquoi devrais-je aller dans ce cimetière rempli de perdants ?

 

Si cette accusation est tellement dévastatrice c’est parce que Donald Trump joue volontiers sur le patriotisme américain. Le cimetière en question, celui du bois Belleau, commémore une page glorieuse de l’histoire militaire américaine, la première véritable bataille que les soldats US aient livrée en France et où ils se sont couverts d’honneur. Même s’il s’agit d’une guerre lointaine, la première guerre mondiale qui dans la mémoire collective américaine est effacée par la seconde et par le Vietnam.

Les propos prêtés à Donald Trump à propos de ces soldats morts cadrent assez bien avec ce qu’il disait en 2015 de son adversaire politique John Mac Cain qui s’est battu au Vietnam et a été prisonnier de guerre au Vietnam pendant de longues années.

C’est un héros de guerre parce qu’il a été capturé et désolé de vous le dire je préfère ceux qui ne se font pas capturer.

Sur le ton de l’ironie, tout est dit. C’est un peu comme si, dans le schéma de pensée de Trump, un héros de guerre c’est Rambo ou Captain America, le superhéros : les morts, les blessés, les prisonniers sont des losers, des perdants. Et dieu sait que perdre il n’aime pas ça…

L’héroïsme au combat peut-il jouer un rôle dans la présidentielle ?

Au-delà du passé militaire, ce qui compte surtout c’est le regard que les Américains posent sur leurs candidats.

L’exemple de 2004 est à cet égard parlant : on est trois ans après le 11 septembre et George Bush qui vient d’envahir l’Irak se présente comme un président en guerre.

Or durant la guerre du Vietnam, Bush aurait fait figure de pistonné, planqué dans la garde nationale du Texas. Quel contraste avec son adversaire démocrate John Kerry couvert de médailles militaires au Vietnam.

Mais dans la dernière ligne droite, voilà que tout s’inverse : des anciens combattants du camp de George W Bush accusent Kerry d’avoir menti sur son passé militaire, de l’avoir enjolivé. Abasourdi par ce qu’il considère comme de la mauvaise foi, Kerry choisit d’abord de ne pas répondre et quand il le fera, ce sera trop tard : la sauce a pris et Kerry, longtemps favori, sera battu.

En 2020, le Vietnam s’éloigne mais la question du patriotisme et du respect aux vétérans reste d’actualité et participe de la bataille d’image qui est au cœur de l’élection présidentielle.

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