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L’histoire du téléphone rouge durant la guerre froide qui n’était ni un téléphone, ni rouge

Il y a exactement 58 ans, le 30 août 1963 était inauguré un objet mythique qui en fait n’a jamais réellement existé : le téléphone rouge.

Téléphone rouge pour le concept de "hotline"

 

On a bien inauguré le 30 août 1963 une liaison directe entre le Kremlin et la Maison blanche mais, non, le téléphone n’était pas rouge. Rouge suppose l’urgence et traduit le concept anglais de " hot line ". Le téléphone n’est donc pas rouge et au départ il ne s’agit même pas de téléphone mais d’un téléscripteur : on fait davantage confiance à l’écrit qu’à l’oral qui est davantage source de malentendu.

Concrètement cela fonctionnait comment ?

 

Dans un premier temps, par un câble transatlantique via Londres et Helsinki. Par la suite, on utilisera le satellite pour cette liaison sécurisée qui permet à chacun de transmettre un texte dans sa propre langue et donc dans son propre alphabet. Ce texte était alors remis aux traducteurs respectifs avant d’être transmis au chef d’Etat.

Le 30 août 1963, pour tester la ligne, les Américains envoient aux heures paires un texte extrait de l’Encyclopedia Britannica et les Russes aux heures impaires des passages littéraires. L’important est que le message soit neutre et ne comporte aucune insinuation parce que la guerre froide met les nerfs à rude épreuve et est propice à la paranoïa.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle est inaugurée cette liaison directe qui très vite accède à la notoriété : l’idée étant qu’un contact direct peut éviter le déclenchement d’une guerre par accident.

 

L’équilibre de la terreur

Chacune des deux superpuissances détient un arsenal nucléaire impressionnant qui permettrait de se détruire mutuellement. C’est ce qu’on appellera l’équilibre de la terreur et dans ce contexte la moindre erreur peut être fatale.

Il est d’ailleurs arrivé à plusieurs reprises durant la guerre froide que les ordinateurs évoquent par erreur une attaque. Heureusement, les officiers concernés de part et d’autre ont gardé leur sang-froid et n’ont pas ordonné une frappe en réaction. Qu’un contact direct entre les deux leaders américain et soviétique soit possible est de nature à rassurer l’opinion publique.

 

La naissance du téléphone rouge a lieu dans un contexte particulier

 

Le téléphone inaugure une période de détente relative après le pire moment de tension : la crise des missiles de Cuba en 1962 où Américains et Soviétiques vont se toiser dans le blanc des yeux et ce sera au premier des deux qui cédera. En résumé, les Soviétiques installent des missiles à Cuba pointés sur l’Amérique. En réaction, les Etats-Unis instaurent le blocus de l’île.

Chacun reproche à l’autre d’être l’agresseur. Khroutchev tentera ainsi de justifier que les missiles de Cuba sont défensifs en disant : si je pointe un pistolet vers vous pour ne pas que vous m’attaquiez, c’est une arme défensive et non offensive.

A ce jeu très dangereux, Nikita Khroutchev finira par céder devant la détermination de John Fitzerald Kennedy, lequel aura l’intelligence d’avoir le triomphe modeste pour ne pas humilier l’adversaire et de chercher à faire ensuite retomber la tension. Cette inauguration du téléphone rouge en fait partie mais Kennedy n’aura guère le loisir de l’utiliser puisque moins de trois mois plus tard il sera assassiné.

Ce téléphone rouge n’existait pas en tant que tel mais paraissait en fait comme l’ultime moyen d’éviter par un contact direct une déflagration mondiale : après tout, tant qu’on se parle, il y a de l’espoir, celui de ne pas se tirer dessus.

 

 

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