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Josef Schovanec : "Les maîtres ultimes des horloges sont les virologues"

La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit - © Tous droits réservés

De nos jours, les gens ne connaissent plus l’Union soviétique, et c’est fort dommage. En URSS, entre autres spécificités, il y avait certes un appareil fédéral d’État comme on le connaît en occident, mais à côté de cela il y avait des instances du Parti, tels que le fameux Politburo.

 

"Les virologues ont un rôle dirigeant"

 

Les décisions importantes se prenaient bien sûr au sein du Politburo, l’appareil fédéral d’État se contentant de les entériner. Pour entrer au Politburo, il fallait avoir, du moins en principe, une expertise de la doctrine scientifique du marxisme-léninisme. A noter que le système politique iranien est fort similaire, avec cette fois un comité d’experts en sciences islamiques.

De nos jours, en occident, la doctrine scientifique qui fixe les décisions importantes est la virologie. Un petit groupe d’experts, les virologues, réunis dans un cénacle clos, ont le rôle dirigeant.

La semaine dernière, en Belgique, quelques mutations ont parachevé le système : l’affaire Jambon d’il y a quelques jours a montré que désormais un homme politique ne pouvait plus citer sans leur permission des virologues.

Par ailleurs, les changements d’agenda CNS montrent que désormais les maîtres ultimes des horloges sont les virologues.

Et comme naguère, le premier ministre en tant que porte-parole du politburo.

Un parallèle entre l'Union soviétique et notre société d'aujourd'hui pour réfléchir à l'avenir

Les discours convergent aussi. Les slogans que l’on entend en boucle, tels que " le virus ne part pas en vacances " ou le virus n’en a que faire du droit de l’hommisme et les injonctions à la vigilance jour et nuit sont proches par leur structure des fameux mots d’ordre soviétiques tirés des œuvres scientifiques de Lénine, tels que " l’ennemi ne dort pas ". On l’oublie souvent, mais en Union soviétique, on n’empêchait pas les gens de voyager à l’extérieur car le régime serait méchant, mais car l’ennemi impérialiste était là, prêt à bondir et à contaminer les inconscients. C’est pour cela qu’il fallait avoir un permis de sortie spécial vers les pays non-rouges. Toute similarité est naturellement due au hasard.

Alors, pourquoi ce parallèle ? Pour réfléchir à l’avenir.

Actuellement, tout se passe dans l’urgence, avec une visibilité de quelques jours tout au plus. Nul ne pense à long terme. Pourtant, le schéma viro-politique en place est désormais là pour des années, sinon des décennies. Cela pose des questions majeures.

  • Premièrement, en termes de démocratie : quel sens ont des élections, le fait de voter, si tous les partis présents suivent, sur les points importants, les injonctions de la même instance ? La démocratie consiste t elle à choisir uniquement la couleur de la façade de la maison communale et fermer sa gueule sur le reste ?
  • Deuxièmement, en termes de ravages psychologiques. Dans un tel schéma, le développement de tendances nihilistes et violentes est inévitable. L’être humain ne peut biologiquement pas vivre de manière durable aux aguets. Je n’aimerais pas être virologue dans deux ou trois ans, quand la colère populaire grondera et lorsque les virologues devront se terrer dans leur bunker.

Que que ferons nous quand une jeune femme s’immolera par le feu, façon Palach ? Faudra-t-il une loi punissant de dix ans de camp de travail à Anvers ceux qui banaliseront le virus ou ne se mettront pas à genoux devant les virologues ?

Un peu de littérature pour finir. Un grand classique de la littérature tchèque, l’un de ces livres que l’on apprend à l’école, s’appelle la Maladie blanche, de Capek. Ecrit dans les années de montée de l’hitlérisme, le nazisme y est décrit comme une maladie blanche, qui se propage et bloque peu à peu les sociétés. Avec l’idée que le nazisme avait été avant tout porté par les scientifiques, médecins notamment. Le basculement peut être bien plus rapide qu’on ne le croit, y compris dans des pays qui, comme l’ancienne Tchécoslovaquie, sont profondément démocratiques. Songeons-y en mettant un masque sur notre bouche.

 

 

 

 

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