Matin Première

Josef Schovanec : "Le concept de "staycation" avait tout faux dès le départ"

La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit - © Tous droits réservés

Ce devait être le concept phare, la doctrine politique officielle de l’été 2020 : les vacances près de chez soi. Ou bien, pour paraître intelligent, "staycation" en pseudo-anglais. Des affiches ont fleuri un peu partout en Europe, du moins dans les pays que l’on pourrait appeler covidiens : passez vos vacances dans votre pays.

L’idée paraissait limpide et excellente : vu que les touristes étrangers allaient faire défaut, autant compenser avec les autochtones. Lesquels ne brassent pas trop le virus, car comme chacun sait les virus viennent de l’étranger. Mieux encore : patriotisme aidant, on trouve un charme fou à son pays. Le plus beau du monde, évidemment. On y trouve tous les paysages, tous les climats imaginables. C’est dans cette optique que l’on a fait d’innombrables réclames où l’on pouvait voir je ne sais quel coin de verdure, assurément meilleur que celui, à l’étranger, où les visiteurs imprudents pouvaient s’apprêter à aller. La canicule aidant, on a pu également aligner des comparaisons de type : il fait plus beau et chaud dans telle commune que mettons, à Hawaï. Dès lors, pourquoi diantre vouloir partir en vacances à l’autre bout de l’Europe ou du monde ?

Aux vacances qui tournent au fiasco

Le raisonnement, repris avec beaucoup de lyrisme par toutes les autorités publiques, paraissait impeccable. Toutefois, on peut d’ores et déjà dire que cela a viré au fiasco. L’Angleterre, qui paraissait parfaitement armée pour les staycations du fait de son long littoral peu peuplé, en a fait amèrement les frais : scènes de chaos récurrentes, escroqueries généralisées, explosion des prix pour des logements douteux, et surtout un profond agacement des vacanciers... Tant d’argent, tant d’efforts, pour ça. Mêmes remarques en France.

En Belgique, bien sûr, on aura à l’esprit les bagarres à la plage. Mais ce n’est qu’une fraction de la réalité : cataclysme de l’Horeca à Bruxelles, transformation de nombre de communes de l’Ardenne en déchetterie à ciel ouvert. Et ce sentiment de profonde insatisfaction que l’on en tire, qui persiste même après s’être calmé les nerfs en disant que ce sont les Flamands qui ont tout saccagé.

Vouloir être autre

En vérité, le concept des vacances "nationales" avait tout faux dès le départ. C’était exactement ce que cherchaient à imposer les régimes politiques aujourd’hui disparus, en essayant de culpabiliser, de traiter d’ennemis du peuple, de traîtres à la patrie ceux qui auraient un goût de l’ailleurs, du changement, d’une nouvelle vie, vécue ne fût-ce qu’un instant. Or, précisément, ce besoin non seulement d’un ailleurs géographique, mais de devenir soi-même un autre est fondamental à l’être humain. Ce n’est pas une question de température de l’air, ni d’intensité du soleil à la plage. Croire que l’on puisse se bâtir entièrement chez soi, sans sortir de son chez-soi, de sa zone de confort, est aussi inepte que de prétendre dormir en restant éveillé.

Le plus inquiétant pourrait être à venir. À savoir l’après-vacances. Ce moment où le ciel bas et gris prouvera que l’on en reprend pour un an. Et que nos rêves d’une vie autre, meilleure, seront devenus encore moins réalistes. Je n’aimerais pas être homme politique ou virologue durant l’automne qui vient.

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK