Matin Première

Josef Schovanec : "Gardons-nous bien d'accabler les "jeunes", les adultes ne sont guère différents"

Vous souvenez-vous de l’affaire des écolières afghanes empoisonnées en masse ? Pendant plusieurs années, notamment autour de 2012-2013, les Talibans empoisonnaient les jeunes Afghanes pendant qu’elles étaient à l’école. Elles tombaient malades, parfois gravement, par centaines. Des classes entières ont été emmenées à l’hôpital.

Bien sûr, face au scandale international, d’immenses moyens ont été déployés, notamment par l’armée américaine, pour identifier le poison. Les écoles ont été transformées en forteresses, avec des protocoles sanitaires extrêmement musclés. En vain. Non seulement on n’a jamais identifié le poison, mais surtout les classes ont continué à tomber collectivement malades en dépit des meilleurs efforts.

Gare aux artisans de la terreur mentale autour du Covid à la rentrée

Cette histoire aurait fait sens dans notre logiciel occidental : rien de plus prévisible que des Talibans qui cherchent à empoisonner des écolières. Mais l’histoire nous rend très mal à l’aise, car elle montre ce qu’il y a de sombre et compliqué dans l’âme humaine. On n’arrive pas à y croire. Les amateurs d’histoire auront tôt fait d’établir un parallèle avec le fameux monastère de Loudun, mais passons.

Pour cette rentrée scolaire, en apparence, rien de tel, car il n’y a pas de Taliban dans les parages, guettant les écoliers belges. Toutefois, on doit s’attendre à des surprises quand, après la rentrée scolaire, les artisans de la terreur mentale autour du Covid se seront remis en action.

Actuellement, la seule chose que les autorités semblent craindre est l’absentéisme scolaire.

Il y aura bien mieux ou pire. Déjà, quand vous demandez à des adolescents ce qu’ils pensent du port du masque en classe, leur réponse fuse : "super, on pourra chahuter sans que le prof sache qui est le fautif."

Le covid encore plus puissant que le climat

Des phénomènes massifs de type afghan sont à prévoir : quel meilleur allié pour nous protéger des cours de maths que le covid ? Au demeurant, cela peut être fait de parfaite bonne foi, au sens où les élèves peuvent être convaincus d’avoir réellement attrapé le virus. Et que fera-t-on quand les témoignages convergeront que le prof de maths tousse beaucoup et doit être mis en quarantaine ? Là encore, ce pourra être de bonne foi, notamment en hiver, quand tout le monde tousse.

Avant le covid, les grèves scolaires de Greta Thunberg étaient une cause d’autant plus mobilisatrice que la conviction d’un effondrement prochain rendait vain tout apprentissage scolaire. Le covid est bien plus puissant, concret et imminent encore que l’effondrement climatique. Il peut par exemple clouer le bec au prof de maths bien plus efficacement que le climat.

Certains adultes prient pour une deuxième vague

Gardons-nous bien d’accabler les "jeunes", que l’on déteste tant en cette période d’épidémie. Les adultes ne sont guère différents : je connais nombre de professionnels, et des plus respectables, qui prient jour et nuit pour que la deuxième vague frappe le plus tôt et le plus fort possible, pour qu’ils n’aient pas à aller travailler, du moins en présentiel.

En somme, la vraie mauvaise nouvelle de l’hiver à venir, celle qui nous plongerait dans une dépression sans nom, serait que la prochaine vague de covid soit faible ou n’advienne pas.

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