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"Il ne faut surtout pas généraliser le télétravail"

"Il ne faut surtout pas généraliser le télétravail"
"Il ne faut surtout pas généraliser le télétravail" - © Oliver Rossi - Getty Images

Ces derniers mois, des centaines de milliers de Belges ont découvert le travail à distance. Avec ses avantages et ses inconvénients ! Entre autres, la difficulté aujourd’hui pour certains de reprendre le chemin du bureau. Jean-Paul Erhard, spécialiste des questions d’organisation du travail et manager chez PeopleSphere était l’invité de Matin première, et pour lui généraliser le télétravail comporte de nombreux risques.

Le télétravail, un outil de flexibilité avant tout

Pour Jean-Paul Erhard, il y a essentiellement des dangers dans la généralisation du télétravail, même si le fait de l’utiliser reste bien sûr intéressant.

Si on fait un petit retour en arrière, le télétravail c’est avant tout un outil de flexibilité et celui-ci a d’abord été utilisé comme un outil de rémunération. En effet travailler depuis son domicile permet d’améliorer la qualité de vie, l’équilibre privé/professionnel, et donc in fine d’améliorer finalement le " package " de rémunération. Grâce à la flexibilité qu’il offre, le télétravail a l’avantage de permettre une meilleure conciliation de toutes les facettes de notre vie et potentiellement d'en améliorer la qualité.

A l’origine l’objectif du télétravail vient donc de la volonté de plus de flexibilité, mais il y a eu un effet " d’aubaine " dans le cadre de la pandémie et une généralisation du télétravail précipitée dans une période très particulière car il représentait une solution simple et accessible.

Mais pour Jean-Paul Erhard il ne faut surtout pas continuer sur une phase aussi généralisée du télétravail.

Le télétravail comporte de nombreux risques

Il existe selon le spécialiste trois risques majeurs liés au télétravail :

 

1. Le télétravail a tendance à générer des " monstres d’égoïsme ", des gens qui travaillent pour eux.

Avec le télétravail, on perd le sens du collectif. Or s’il y a bien une chose dont va avoir besoin maintenant, c’est du bien du sens de la collectivité, malheureusement le télétravail engendre une forme de repli sur soi, d’une part parce qu’on ne voit pas ses collègues, d’autre part parce qu’on organise son travail en fonction de sa sphère privée en priorité.

 

2. Le télétravail renforce les inégalités déjà existantes.

Télétravailler quand on habite dans une maison dans le Brabant Wallon ou quand on habite dans un 30m² en ville avec le tram qui passe sous la fenêtre ce n’est pas la même chose.

Les paramètres ne sont pas les mêmes aussi si on est une femme ou si ou on est un homme. Le télétravail souligne d’autant plus les inégalités.

Sans tomber dans des vieux clichés, la majorité des tâches ménagères sont encore prises en charge par les femmes. "La période que l’on vient de connaître est un véritable retour en arrière en matière d’égalité des genres" estime Jean-Paul Erhard.

 

3. Le télétravail dématérialise le travailleur.

Le télétravail a été utilisé comme un outil de distanciation, seulement beaucoup d’entreprises se lancent dans ce télétravail sans vision et sans perspective. Après la distanciation vient le temps de la "dématérialisation".

Le jour où les travailleurs sont dématérialisés, qu’ils deviennent des travailleurs virtuels, ce jour-là il y a danger. Jean-Paul Erhard souligne d’ailleurs le fait que les deux premières entreprises qui ont annoncé des licenciements massifs étaient Uber et Airbnb. Deux entreprises pour lesquelles les travailleurs sont des travailleurs virtuels.

Avec le télétravail, le travailleur est du coup moins intégré dans le collectif, même si la technologie permet énormément de choses, la qualité de relation est forcément dégradée.

Plus productif, mais moins de sens du "collectif"

Les employés sont 30% plus productifs en télétravail, mais en télétravail individuel, pas en travail collectif. Effectivement, le télétravail permet d’avoir une meilleure concentration, une meilleure gestion du temps disponible, et moins distrait, mais pour Jean-Paul Erhard il faut toujours bien prendre en compte la dimension du collectif, une dimension malheureusement difficile à mettre en place via le télétravail.

 

 

 

 

L’importance de donner de la valeur ajoutée au bureau

Pour Jean-Paul Erhard, quand une entreprise met en place le télétravail, la priorité n’est pas " gérer ses équipes à distance ", la priorité c’est de donner une bonne raison de revenir au bureau.

Il faut absolument travailler sur l’expérience vécue lorsqu’on se rend au bureau, lui donner du sens et surtout de la valeur ajoutée.

Si votre patron vous demande de venir pour faire exactement la même que ce que vous faites à la maison, ou revenir dans l’entreprise pour vous installer dans un bureau fermé et ne pas être ensemble, ne pas " s’occuper " de vous, quel est l’intérêt ?

Il faut travailler sur cette dimension-là et donner une véritable raison de revenir au bureau.

Réécouter la séquence " Et vous dans tout ça" d’Hélène Maquet dans Matin Première

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