Matin Première

Il était une fois l'Europe qui se voulait plus démocratique

C’est un conte de fée qui s'est déroulé cette semaine en Europe, l’histoire d’une conférence née cette semaine dans l’indifférence quasi générale et qui pourtant, pourrait changer la face de l’Union européenne


Il était une fois, une belle endormie, l’Union européenne. Le monde qui l’entourait était de plus en plus tourmenté. Le fil qui la reliait avec les citoyens, de plus en plus fragile. Elle avait beau faire des efforts pour garantir des vaccins à tous, pour relancer l’économie à coup de milliards d’euro ou pour exister sur la scène internationale, il y a toujours quelque chose qui n’allait pas. On la trouvait trop lente, trop naïve, trop techno. Qui plus est, elle était devenue le souffre-douleur préféré de politiciens en mal de populisme

Alors ces parents ont eu l’idée de lui faire suivre une thérapie de choc pour la remettre sur pied. Ils ont imaginé de faire appel aux 450 millions de citoyens européens pour réveiller l’Union européenne. A eux de débattre, de faire des propositions sur ce qui les préoccupe, à travers une conférence sur l’avenir de l’Europe. Comment rendre l’Union plus démocratique ? Comment l’Europe doit s’organiser face aux risques sanitaires ou climatiques ? Comment éviter la concurrence fiscale ou sociale entre les Etats membres ? C’est en apportant des réponses à toutes ces questions que les Européens pourraient redessiner le nouveau visage d’une Union qu’ils aiment


Une belle histoire, à peine croyable


D’autant que de mauvaises fées se sont déjà penchées sur le berceau de la conférence.
D’abord il y a eu le covid19 qui a retardé les débats. Ce qui devait se faire en deux ans, ce fera en un.
La mauvaise fée bureaucratique aussi était dans les parages, une habituée de la maison Europe qui transforme tout ce qu’elle touche en usine à gaz.

En l’occurrence, elle a compliqué à souhait la gouvernance de cette conférence. Conseil, Commission, Parlement, ils se partageront tous la présidence, épaulés par un comité exécutif à rallonge pour satisfaire tout le monde.
La troisième mauvaise fée, c’est la fée du flou. L’organisation de la conférence n’est pas claire. Il y aura une plateforme numérique multilingue, des panels citoyens seront organisés dans les Etats membres, quelques débats aussi au Parlement européen, c’est tout ce qu’on en sait. 
Les objectifs; non plus, ne sont pas très clairs. Les Européens pourront discuter de tout, mais les recommandations qui pourraient conduire à réviser les traités ne seront pas prises en compte. Bref c’est flou. 

 

Quand c’est flou… il y a un loup.


Un loup qui pourrait vite croquer l’espoir de renouveau placé dans cette conférence sur l’avenir de l’Europe. Et c’est peut-être pour ne pas réveiller la bête que son lancement mercredi s’est fait en toute discrétion. Quelques applaudissements polis, quelques notes de l’hymne à la joie et on est vite passé à autre chose. On est loin du lancement en fanfare de la convention sur l’avenir de l’Europe. C’était il y a 20 ans et ses travaux avaient débouché sur un projet de Constitution européenne rejeté dans les urnes par les Européens


Une histoire qui va encore mal se finir ?


Ce n’est pas le même scénario. Ici tout reste à écrire. Les travaux de la conférence commenceront le 9 mai prochain. Ils vont se terminer au printemps 2022, sous la présidence française de l’Union et quelques semaines avant les élections présidentielles et c’est peut ca qui fera la différence. Emmanuel Macron qui a voulu cette conférence sera à la baguette et il n’hésitera pas à l’utiliser pour transformer en carrosse ce qui aujourd’hui ressemble plutôt à une citrouille.

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