Matin Première

" Greta Thunberg a 18 ans et une prise de conscience douloureuse sur son handicap l’attend "

" Greta Thunberg est majeure ". En effet, née le 3 janvier 2003, l’illustre Suédoise a fêté son 18e anniversaire dimanche dernier. Elle qui avait un peu disparu de l’actualité y est revenue à cette occasion.

Au demeurant, je crois qu’il s’agit de l’une des premières fois qu’on parle d’elle sous un autre angle que celui du climat. Après tout, la voilà devenue grande, comme n’importe quel être humain au cours de sa vie.

L’intéressée semble s’en réjouir et qui ne serait pas du même avis ? Etre adulte, au moins administrativement, permet d’accomplir bien des choses.

En théorie. Car, à y songer, bien des choses se sont passées pendant les environ quatre années que Greta est sur le devant de la scène. Certes, politiquement on pourrait dire que le label suédois, il y a peu encore emblème étincelant du progrès social, est devenu un repoussoir absolu. Mais les évolutions les plus importantes concernent Greta Thunberg elle-même.

Avec le passage des années, elle qui pensait mettre de côté, dépasser son handicap, s’absorber entièrement dans la lutte pour le climat, risque justement de faire une amère découverte : les enfants handicapés vieillissent mal. Très mal.

Oh non, je ne parle pas du vieillissement biologique. D’ailleurs, à 18 ans, elle est loin du compte. Plutôt du fait qu’au passage à l’âge adulte, la bienveillance due aux enfants, la tolérance aussi, se dissipe.

Quand on est porteur d’un handicap, quel qu’il soit, c’est le début de l’âge adulte qui est dévastateur. Lorsqu’on se rend compte de l’ampleur du rejet, des préjugés liés au handicap dans la société des grandes personnes. Lorsque l’on finit par comprendre que quoi que l’on fasse, on sera avant tout " le handi ". L’autiste, dans le cas de Greta Thunberg, ou si j’ose ajouter, celui de votre serviteur.

Dans le cas de Greta Thunberg, à mon avis, une prise de conscience encore plus douloureuse l’attend. En quatre ou cinq ans, son apparence physique exceptionnelle liée à ses particularités biologiques s’est fortement estompée. Sans pour autant avoir un physique tout à fait socialement normal qui lui permettrait de se fondre dans la masse, elle n’a plus cette espèce d’aura magnétique qui caractérise certains enfants handicapés ou autistes, et qui rend fous, en bien comme en mal, les gens. Dès lors, je ne suis pas sûr que son message continue à passer médiatiquement comme avant. C’est là que viendra la claque :

elle qui pensait être médiatisée par et pour son message, elle qui, je l’imagine bien, ayant moi-même vécu quelque chose de similaire, surmontait les mille désagréments de sa situation justement à cause de son combat, sentira que la cause de sa médiatisation n’était autre qu’une étrange sinon malsaine fascination des gens dits normaux pour les faciès de certains enfants différents.

D’une certaine façon, à long terme, je ne suis pas pessimiste pour Greta Thunberg. Je lui souhaite de vivre sa vie. Peut-être avec une autre activité, une autre passion.

Sans avoir à se soucier du regard excluant. Dans le monde de l’autisme, les plus beaux jardins privés sont précisément ceux qui sont les moins connus. Tel le village des Schtroumpfs, ils se situent par-delà les collines, rares étant ceux qui en connaissent le chemin. Belle vie, Greta.

 

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