Matin Première

Génération identitaire : qui se cache derrière ?

Le député Vlaams Belang Dries Van Langenhove a participé récemment à Paris, à une manifestation organisée par le groupe d’extrême droite français " Génération identitaire ". Une participation qui risque de coûter cher à Dries Van Langenhove puisque le parquet de Hal-Vilvorde a ouvert une enquête pour infraction à l’interdiction des voyages à l’étranger non-essentiels.

 

La manifestation était organisée par un groupe appelé génération identitaire. Génération identitaire manifestait ce week-end tout simplement parce que le gouvernement français veut dissoudre Génération identitaire. C’est le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin qui a lancé la procédure de dissolution le 13 février. Selon le ministre,

Génération identitaire sape la république.

 

Qu’est-ce que l’on reproche exactement à "Génération identitaire" ?


Essentiellement d’inciter " à la haine ou à la violence envers une ou des personnes sur base de leur origine ". Cette incitation à la haine, on la retrouve dans le discours de Génération identitaire, un discours de rejet assumé. Avec notamment un projet à long terme : ce qu’ils appellent la " remigration ". L’incitation à la haine et à la violence, elle se retrouve également dans toute une série d’actions chocs qu’ils mènent depuis leur création en 2012. En avril 2018, les militants avaient mobilisé deux hélicoptères, mais aussi un petit avion, des 4x4, des drones dans les Alpes, au Col de l’Echelle, un point de passage pour les migrants qui tentent d’entrer clandestinement en France. Ce jour-là, une centaine de militants de Génération identitaire construisent dans la neige, une frontière symbolique contre les migrants et déploient une immense banderole sur le sol sur laquelle il est écrit " Frontière fermée. Vous ne ferez pas de l’Europe votre maison. Hors de question. Rentrez chez vous ! ".


En 2012, c’est avec l’occupation spectaculaire du toit de la mosquée de Poitiers qu’ils feront les gros titres.
En 2017, ils iront jusqu’à louer un bateau pour empêcher le sauvetage de migrants en Méditerranée.

 

L’objectif : faire parler d’eux ?


Génération identitaire veut occuper le paysage médiatique à travers une communication parfaitement maîtrisée. Il suffit de se rendre sur leur site pour le constater. On y trouve par exemple la vidéo de leur toute dernière action il y a quelques semaines dans les Pyrénées, un montage vidéo hyper léché, où l’on voit un groupe de jeunes tous vêtus d’une doudoune bleue pétant, au look sportif et branché, en train de mener leur action.
 

Les jeunes très présents dans le mouvement
 

Ce sont des garçons et des filles " propres sur eux " comme on dit. Une normalisation censée faciliter l’identification des jeunes avec le mouvement. Car Génération identitaire est une organisation de jeunes. Pour en faire partie, il faut avoir moins de 30 ans.
Sur leur site, on les voit faire la promotion de leur université d’été où ils organisent depuis plusieurs années des stages sportifs, des cours de boxe, des conférences, mais aussi des moments de convivialité.

Dries Van Langenhove y a d’ailleurs déjà participé. Une image bon enfant donc, qui tranche avec le discours ouvertement anti-migrants contre ceux qu’ils appellent " la racaille issue de l’immigration ".


Combien de militants ce mouvement compte-t-il ?


Ils seraient environ 800 en France, ce qui n’est pas beaucoup, mais ils auraient des liens étroits avec d’autres mouvements identitaires, en Belgique, en Allemagne, en Autriche et puis des soutiens financiers à l’étranger. Le groupe dit s’appuyer sur des dons, et aurait d’ailleurs reconnu avoir reçu un don de Brenton Tarrant, celui qui a commis l’attentat de Christchurch il y a deux ans en Nouvelle-Zélande.

 

Est-ce que dissoudre Génération identitaire servira à quelque chose ?


C’est toute la question. On a vu par le passé d’autres groupuscules dissous se reformer. Génération identitaire lui-même est né sur les cendres du groupe Jeunesses identitaires. Et puis, ces derniers temps, on a vu certains membres de Génération identitaire rejoindre le Rassemblement National, le parti de Marine Le Pen. Marine Le Pen qui ce week-end n’a pas participé à la manifestation du groupe. Sans doute, parce que cela ne cadrait pas vraiment dans sa stratégie de dédiabolisation de son parti. Ce qui n’empêche pas un soutien en coulisses et des clins d’œil à Génération Identitaire. De quoi inquiéter, tout de même quand on lit que, d’après les sondages, Marine Le Pen sera incontournable à la Présidentielle de 2022.
 

L’œil sur le monde d’Annick Cappelle

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