Matin Première

Futur simple: "On peut prévoir de grandes migrations organisées, en Europe"

Les changements climatiques nous pousseront-ils à migrer, dans les décennies à venir ? C'est une des questions de cet épisode, consacré au lien entre climat et migration. Pour en parler, nous avons invité François Gemenne, chercheur en sciences politiques, spécialiste des questions de climat et de migration, membre du GIEC. Il dirige l'Observatoire Hugo à l'Université de Liège. Et il vient de publier l'Atlas de l'Anthropocène, un ouvrage qui balise une série de questions liées aux changements climatiques.

Chaque hiver, au Au Nord de l'Allemagne, les habitants des îles Halligen voient les eaux monter et pénétrer leurs îles de plus en plus profondément. Les modes de vie sont de plus en plus menacé par la montée des eaux. Et les jeunes générations s’habituent à l’idée de devoir quitter leurs îles, un jour. Déménager, partir, pour fuir un environnement hostile est une réalité plutôt courant.

Aujourd'hui, les dégradations de l'environnement sont un des premiers facteurs de migration dans le monde

"Aujourd'hui, les dégradations de l'environnement sont un des premiers facteurs de migration et de déplacement dans le monde, explique François Gemenne. "On ne sait pas encore exactement combien de millions de personnes sont déplacées chaque année. Mais on sait par exemple qu'il y a plus de personnes déplacées par des catastrophes naturelles, que par des guerres". En 2018, 28 millions de personnes ont été déplacées. 11 millions l'ont été par des guerres et des violences, 17 millions l'ont été par des catastrophes naturelles. 

Mais peut-on pour autant établir un lien entre "déplacement à cause d'une catastrophe naturelle" et "déplacement à cause du réchauffement climatique" ? "D'une certaine manière oui, répond François Gemenne. "Sur les 17 millions de personnes déplacées par des catastrophes naturelles, 6 millions l'ont été par des catastrophes hydroclimatiques. c'est à dire des catastrophes liées à la température ou à des précipitations : inondations, sécheresses, ouragans, glissements de terrain. c'est un ensemble de catastrophes qui a va être exacerbé, aggravé par les impacts du changement climatique. Et donc même si il est difficile de relier un  événement précis au changement climatique, il y a un lien de corrélation très très fort entre les deux."

La banque mondiale table sur 143 millions de déplacements internes en 2050, si les Accords de Paris ne sont pas respectés

Il y a donc une part de la migration due aux changements climatiques. Mais il ne prend pas assez peut la forme d'une arrivée de réfugiés climatiques depuis l'Afrdique ou l'Asie vers l'Europe. Les migrations sont aujourd'hui - et la tendance se renfocera à l'avenir - avant tout interne. La banque mondiale table sur 143 millions de déplacements internes en 2050, si les Accords de Paris ne sont pas respectés. Surtout des campagnes vers les villes. "On observe à un exode rural lié à la dégradation des sols. En Afrique sub-saharienne, un ménage sur deux dépend de l'agriculture de subsistance comme première source de revenu".Or, il s'agit d'une source de revenu qui est très tributaire de chaque variation climatique. Les familles doivent alors envoyer un fils à la ville pour gagner de l'argent. "En réalité, on a une très grande porosité entre les motifs de migration. Ce qu'on voit nous, comme des migrations économiques, c'est aussi une migration environnementale. C'est une vision très occidentale de séparer l'environnement de l'économie ou de la politique, dans les facteurs de migration. Pour la majorité des gens sur cette planète, l'environnement et l'économie, c'est exactement la même chose."

C'est une vision très occidentale de séparer l'environnement de l'économie, ou de la politique

 

Faut-il s'attendre à des réalités similaires en Europe, à l'avenir ?  "Il y aura, d'abord, en Europe, toute une série de zones qui seront directement menacées. Soit par la hausse du niveau des mers, soit par des phénomènes de sécheresse qui vont provoquer des incendies. ca veut dire que les gouvernements européens vont devoir prendre une série de mesures d'adaptation. Des mesures d'infrastructure : on va construire des digues, des barrages, ... mais dans d'autres cas, il va falloir envisager de déplacer certaines populations. Certaines habitations qui étaient situées en zone côtière, par exemple, devront être reculées à l'intérieur des terres. Je pense qu'on aura davantage, en Europe, ce type de déplacement organisé directement par les autorités." Une forme de migration planifiée dont il existe déjà un exemple. L’Indonésie prévoit de déplacer sa capitale de l’île de Java vers l’île de Bornéo, notamment pour des raisons liées au changement climatique.

 

Épisode 1 : La rentrée du futur

Épisode 2 : Les prothèses du futur

Épisode 3 : Blue Origin ou comment Amazon pourrait coloniser l'espace

Épisode 4: Le climat du futur

Épisode 5: 2027, et si Facebook était une banque ?  

Épisode 6: La Mer du Nord en 2100

Épisode 7: Et si les algorithmes choisissaient, pour nous, le boulot parfait ?

Épisode 8: A quand le premier pas sur Mars  ? 

Épisode 9: La médecine du futur

Épisode 10 : La neige des alpes 

Épisode 11 : Le réchauffement climatique raconté aux enfants

Épisode 12 : la Silicon Valley, foyer du transhumanisme

Épisode  13 : climat et migration

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