Matin Première

Futur Simple : “Les températures moyennes grimpent exactement comme les modèles l’avaient prédit”

Notre atmosphère est-elle malade ? Monoxyde de carbone, dioxyde de carbone,... Pris dans l’atmosphère, les gaz à effet de serre participent à l’élévation moyenne de la température sur la Terre. Mais qu’en connaissons-nous, exactement ? Énormément de choses, en réalité. Notamment, parce que les satellites IASI observent notre atmosphère. Cathy Clerbaux est Professeur en Sciences de l'Environnement à l'Université Libre de Bruxelles. Elle et son équipe analysent les données envoyées par ces satellites.  

Comment ces satellites fonctionnent-ils, concrètement ?

Ils font quatorze fois le tour de la Terre, et passent à tous les endroits du globe le matin vers 9h30 et le soir vers 21h30. Chaque instrument IASI va fournir 1,3 millions d'observations, donc on a environ 4 millions d'observations par jour. C'est un instrument passif qui utilise la radiation infrarouge émise par la surface de la Terre. La Terre, c'est une boule de chaleur qui émet comme un gros radiateur. A 800km d'altitude, l'instrument enregistre ce signal et observe comment le signal varie. Comment va-t-il varier ? Si il rencontre un gaz dans l'atmosphère, sur son trajet, ce gaz va absorber et réémettre les radiations. Il va y avoir une sorte de signature du gaz que nous allons analyser avec des codes informatiques, pour en déduire les concentrations de gaz dans l'atmosphère à l'endroit de la mesure.

Concrètement, qu’avez-vous vu avec ces satellites ? Hormis l'impact du Covid sur la diminution des polluants, comment l’atmosphère s’est-elle comportée cette année ?

On a vu plein de choses ! En 2020, il y a vraiment une concentration d'événements. Par exemple les incendies. En Australie, au mois de janvier 2020, il s’est passé quelque chose d’intrigant. Un phénomène inédit. En 10 jours, les fumées ont fait le tour de la terre, le long des latitudes australes. Elles ont fait le tour de l’Antarctique, puis sont revenues en Australie. Le deuxième événement, c'est les grands feux en Sibérie, cet été. La surface brûlée est énorme, plus d'une dizaine de fois la superficie de la Belgique. Le dernier événement, ce sont les feux en Californie. On a pu voir les fumées voyager sur des distances importantes, on les a vues traverser l'Atlantique et arriver jusqu'aux côtes européennes. Et ça, c'est inédit !

Et au niveau plus global, est-ce que vous observez une élévation des températures moyennes ?

On observe que cette année-ci, on a des températures plus élevées de entre 1 et 2 degrés, en moyenne sur toute l'Europe, par rapport aux normales saisonnières. Ca ne paraît pas beaucoup, deux degrés, mais ça veut dire que sur certaines villes et à certains endroits, comme en Sibérie, on a eu des pics de température très élevés. Par exemple, on a enregistré 38 degrés dans une ville qui se situe au-dessus du cercle polaire arctique.

Et est-ce que ces températures élevées peuvent être le résultat de phénomènes naturels ?

A l'échelle du globe, il y a des grands phénomènes météorologiques qui influencent les températures. Par exemple, le phénomène El Nino, qui est un courant d'eau chaude dont les eaux se déplacent plus ou moins en surface et qui vont contribuer à augmenter la température l'océan, qui va elle même réchauffer la température de l'atmosphère.  le dernier phénomène El Nino a eu lieu en 2016. Et donc c'est une année où on a observé des températures plus élevées que la moyenne. ce qui est particulier pour 2020 c'est qu'on n'a pas ce phénomène El Nino, donc les températures élevées qu'on a observé sont particulièrement inquiétantes puisqu'elles résultent de l'accumulation des gaz à effet de serre et des perturbations induites par les comportements anthropiques.

Alors, est-ce que vous êtes inquiète face à ces phénomènes (incendies, élévation de la température moyenne,...) ?

Je ne dirais pas que ça ne m'inquiète pas du tout, mais le fait qu'on ait de plus en plus de moyens d'observation fait qu'on comprend de mieux en mieux ce qu'il se passe. Et quand on comprend mieux, on peut agir. Savoir qu'on a des données fiables et cohérentes sur la durée, et que les observations sur l'élévation de température correspondent au modèle qui ont été établis, ça va permettre de prendre des décisions en connaissance de cause. Je dirais que je suis inquiète, mais pas affolée, sur le futur.

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