Matin Première

Futur Simple : le Low-Tech, simplifier la technologie

Sommes-nous condamnés à en vouloir toujours plus ? Plus de vitesse. Plus de données. Plus de complexité. Ou pourrions-nous admettre qu’il y a peut-être des plafonds technologiques qu’il n’y aurait pas besoin de dépasser. Dans cet épisode de Futur Simple, nous nous intéressons à un courant, une approche de la technologie qu’on appelle le low-tech, par opposition aux high-techs, les hautes technologies.

Jean-Brieuc Feron est entrepreneur en ingénierie low-tech, et vient de lancer sa propre société appelée "Swarn". Pourtant, ce n'était pas sa vocation.

Vous êtes ingénieur en micro-électronique. C'était quoi votre rêve de petit garçon ?

Travailler dans le spatial, avoir la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. Avoir ma touche ou mon empreinte sur l'exploration spatiale et ce que les hommes font là-bas. Ce qui est un peu le challenge technique ultime. J'ai réalisé ce rêve, j'ai travaillé à construire des fusées... et c'était à la auteur de mes attentes. Mais entre-temps, j'ai toujours été sensible au développement durable, à l'écologie. Or, le monde des high-techs ou de l'ingénieur et de l'électronique, est toujours poussé par la société de consommation : toujours plus de performance, toujours plus de vitesse, de quantité, de qualité,... Il n'y a aucune sensibilité à l'impact environnemental et social de ces technologies. C'est sur ces points-là que je ne me suis plus retrouvé. Pas seulement dans l'industrie aéronautique et aérospatiale, mais dans le monde de l'ingénieur micro-électronique et dans le monde high-tech, globalement.

"Toujours plus de performance, toujours plus de vitesse, de quantité, de qualité,... C'est sur ces points-là que je ne me suis plus retrouvé."

Et donc, vous vous êtes lancé comme entrepreneur/ingénieur low tech. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Le low-tech, c'est un mouvement, une approche qui tente de concilier technologie et durabilité. Une technologie low-tech, c'est une solution qui va être sobre et robuste, tout en étant environnementalement et socialement optimale. "Sobre", ça veut dire qu'elle est simple, sans fioritures et pas hautement performante, mais qu'elle fait le boulot. Elle résout le problème pour lequel elle est conçue, mais de manière simple. Et "robuste", ça veut dire qu'elle va vivre dans le temps et être réparable facilement.

Est-ce que ça veut dire qu’à l'inverse de la marche actuelle des bonds technologiques perpétuels, il faudrait rétrograder de vitesse, faire marche arrière ?

Non, c'est beaucoup plus nuancé. Une voiture pourrait être low-tech, pour peu qu'elle soit simple, robuste, réparable et qu'elle vive dans le temps. Ça ne doit pas forcément être le retour au feu de bois ou à la bougie. Un vélo électrique, ça peut être low-tech aussi, même si il y a de la high-tech parce qu'il y a le système de contrôle du vélo qui sont des hautes technologies. Mais le fait qu'elles aient un moindre impact, comparé à une voiture en font, pour moi, une technologie low tech.

Ce n'est pas noir ou blanc. La question se pose d'une personne à l'autre, d'une application à l'autre.

Donc, ce n’est pas simplement la technologie elle-même qui est low tech ? Mais aussi l’usage qu’on en a ?

Tout va vraiment dépendre du besoin. Si on prend une nouvelle technologie comme la 5G, c'est clairement pas low-tech. C'est high-tech. Est-ce qu'on a besoin du gain en performance de la 5G ? Il y a certaines applications, comme celles pour la santé, qui pourraient justifier l'implémentation de la 5G, et d'autres pour lesquelles la 4G, la 3G, la 2G ou le téléphone normal conviennent tout à fait. Ce n'est pas noir ou blanc. La question se pose d'une personne à l'autre, d'une application à l'autre.

Mais concrètement, à quoi ressemble ce métier d’ingénieur low-tech. Est-ce que vous conseillez les gens sur leur besoins technologiques ? Est-ce que vous concevez des solutions techniques ?

Un peu des deux. J'espère bien, à terme, concevoir de nouvelles machines. Par exemple, une machine à laver low-tech, qu'est-ce que c'est ? J'ai mon idée. Mais une des spécificités, c'est qu'on change tout l'aspect commercial et le cadre économique dans lequel le produit vient s'insérer, il ne faut pas seulement changer techniquement le produit, il faut aussi changer le concept commercial. Vendre une machine à laver tous les deux ou trois ans, ou tous les 5 ans à un ménage, c'est peut-être le business model, aujourd'hui des machines à laver. Si on commence à vendre des machines à laver tous les 30 ou 40 ans parce qu'elles sont plus fiables, ce qu'on sait faire techniquement, il faut adapter le business model.

En passant de l'aérospatial au low-tech, vous franchissez un gouffre énorme, non ?

Pas forcément. Le lien qui est peut-être insoupçonné mais évident entre la durabilité et l’aéronautique ou l'aérospatial, c'est la fiabilité. Les ingénieurs dans ces industries-là sont capables de développer des produits qui sont fiables, qui vont durer 30, 40, 50 ans. Les capacités de produire de tels systèmes, les ingénieurs les ont.

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