Matin Première

Futur Simple : Blabel, un masque en plastique recyclé et réutilisable

Qu’est-ce qui définit la forme des objets ? Est-ce simplement la main de celles et ceux qui les dessinent ? Est-ce leur usage ? Ou même au-delà : est-ce le contexte économique, social, voire politique ? Et si un de ces paramètres change, si un curseur bouge, la forme des objets – à l’avenir - pourrait-elle changer ? Vastes questions que nous avons évoquées avec Justin Lalieux, fondateur de Blabel. La marque commercialise un masque recyclé à partir de plastiques collectés dans les centres commerciaux bruxellois, et réutilisable à l’infini.

Presque du jour au lendemain, le masque est entré dans nos vies, sur nos visages. Il n’y en avait d’abord pas assez. Alors certains ont bricolé, cousu, fabriqué. Puis les chaînes de production ont tourné, et les boîtes de masques jetables ont envahi les pharmacies, les supermarchés : FFP2, KN95, masques chirurgicaux sont entrés dans notre usage quotidien.

En voyant les masques par terre, je me suis dit qu’il fallait faire un masque qui remplace ces masques jetables.

Dans ces masques jetables, rien ne vous satisfaisait ?

Honnêtement, on marche dans la rue, on voit les masques par terre. Ma copine me dit :"Et toi, qu’est-ce que tu fais pour résoudre la crise du Covid, en tant que designer ?" Rien. Et donc en voyant les masques par terre, je me suis dit qu’il fallait faire un masque qui remplace ces masques jetables. La coque est faite en matière plastique, recyclée à partir des emballages dans lesquels se trouvent les vêtements avant qu’ils soient mis en rayon dans les centres commerciaux bruxellois. Ils sont collectés par Bruxelles-Propreté et transformés pour faire cette matière plastique qui n’est donc pas du plastique vierge, mais recyclé.

Pourquoi vous lancer dans la production d’objets recyclés et réutilisables ? Qu’est-ce qui vous a motivé ?

C’est venu sur le tard. Ça fait treize ans que je suis designer. Pendant le 5-6 premières années, je me suis à peine posé la question. Je bossais pour des clients. Je dessinais, j’envoyais mon dessin mais ce n’était pas moi qui appuyais sur le bouton "on met en production". Puis j’ai commencé à me rendre compte, en voyant ces objets produits en grande série dans le commerce qu’ils étaient emballés dans du polystyrène, qu’ils avaient une durée de vie assez courte… Je dirais que ma conscience a fini par s’éveiller. Moi je suis designer industriel, ma responsabilité, elle m’est propre. Je me suis dit : "A partir de maintenant, essaie de faire des objets responsables !"

"Je n’avais jamais vécu d’expérience aussi satisfaisante qu’avec ce produit, parce que j’ai décidé de tout.

Pour ce projet, il a donc fallu enfiler les deux casquettes : entrepreneur et designer ?

Oui. Et je dois dire qu’avant ça, je n’avais jamais vécu d’expérience aussi satisfaisante qu’avec ce produit, parce que j’ai décidé de tout. Bien sûr avec mes associés, mais ma responsabilité, c’était le produit et je suis à l’aise avec toutes les étapes de la production. Donc c’est probablement indispensable de faire les deux. Je ne pense pas qu’un tel projet pourrait se développer dans une grande entreprise. On vit une période charnière, très intéressante pour les petites start-up, les entrepreneurs qui ne sont pas sclérosés, comme pourraient l’être des très grosses structures qui ont du mal à faire des pas en arrière et à changer les choses. Nous, on peut directement imaginer les choses autrement, en accord avec notre vision.

Le modèle économique a une influence sur le produit : je vais dessiner mon produit différemment si je veux assurer mon service derrière

Ça veut dire que l’innovation, ce n’est pas seulement les objets ? C’est aussi le modèle économique ?

Moi je suis convaincu que nous allons entrer dans l’économie de la fonctionnalité. Je pense que l’innovation, elle va être plutôt dans le modèle théorique qui établit comment on veut vendre les objets, comment on veut les produire, comment on veut les mettre sur le marché. Par exemple, imaginons que je loue des boîtes à tartines et un sac scolaire aux enfants, en septembre. Toute l’année, on donne 5 euros pour avoir ce sac et quand il est abîmé, on me le renvoie et j’en donne un nouveau. Cet objet que j’ai loué pendant les 6 premiers mois de l’année, je le récupère, je le recycle. Evidemment, je l’ai dessiné de manière qu’il soit recyclable, pour que je puisse en refaire un nouveau avec celui-ci, et je le remets dans la chaîne de distribution. Ce sac, je vais vouloir qu’il ne s’abîme jamais. Le modèle économique a une influence sur le produit : je vais dessiner mon produit différemment si je veux assurer mon service derrière, que si je veux l’envoyer avec un "Hello Kitty" ou avec un "Power Ranger" avec une durée de vie courte. Il faut que le modèle change et il faut aussi que les designers adaptent leur produit par rapport à ce modèle.

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