Matin Première

Foundation, classieuse adaptation d’Asimov signée Apple TV +

Semaine faste pour le service de streaming d’Apple : lundi dernier, un premier Emmy Award récompensant une série, en l’occurrence Ted Lasso, dont je vous déjà dit beaucoup de bien l’an dernier. Ça a été d’ailleurs une petite razzia pour Apple et Ted Lasso : meilleure comédie, donc, meilleur acteur dans une comédie, meilleure actrice dans une comédie, meilleur acteur dans un second rôle dans une comédie. Apple était tellement fier que dans son communiqué, l’entreprise soulignait que c’était la première fois qu’un service de streaming remportait un titre de meilleure série après seulement deux ans. Alors que Netflix a mis 6 ans…

On se souviendra qu’Apple avait déjà obtenu un Emmy, l’an dernier, pour Billy Crudup dans The Morning Show.

Saison 2 pour The Morning Show

D’ailleurs, The Morning Show est enfin de retour pour sa saison 2.

Retardée à cause du covid, totalement chamboulée d’ailleurs vu que le virus devient, au fur et à mesure de cette saison, un élément très important de l’histoire. Mais d’abord, rappelons ce qu’est The Morning Show : la série nous raconte les coulisses d’une émission de télé américaine du matin, une institution de l’autre côté de l’Atlantique. La série débute sur un événement inspiré d’une histoire vraie : le présentateur vedette de l’émission est viré après un scandale sexuel. Nous sommes en plein #metoo et la première saison, pas parfaite, avait bien saisi et illustré les conséquences de ce phénomène. La saison deux continue sur cette lancée, en y rajoutant le covid, la représentation des personnes de couleur, les discriminations subies par les minorités sexuelles. Il y a même un côté méta, vu que la série nous montre le lancement d’un service de streaming, avec un personnage qui dira "mais qui a encore besoin d’un service de streaming ?", typiquement le genre de phrases entendues quand Apple s’est lancée. Bref, beaucoup de thématiques, mais malheureusement il y a un souci d’équilibre manifeste et un côté soap opera qui prend trop de place. Le casting continue de faire du très bon travail, avec, l’arrivée de Julianna Marguiles, qu’on connaît bien d’"Urgences" et de "The Good Fight", et puis très certainement au minimum une nomination à l’Emmy l’an prochain pour Steve Carell, qui est vraiment fantastique. The Morning Show, 2 saisons de 10 épisodes, c’est tous les vendredis sur Apple TV +.

Fondation, l’indomptable saga enfin à l’écran

Le livre d’Isaac Asimov fête ses 70 ans cette année. Et jamais, cette œuvre n’avait été adaptée au petit ou au grand écran. Et c’est donc Apple qui tente le coup, après que pas mal de studios s’y soient cassés les dents. C’est David S. Goyer qui est à la baguette, le scénariste ou coscénariste de quelques bons films comme Batman Begins, Dark Knight ou d’une série correcte consacrée à Leonardo De Vinci. Il a aussi travaillé sur d’autres films beaucoup plus discutables. C’est moyennement rassurant. Au casting, il y a le formidable acteur anglais Jared Harris, c’était le fameux scientifique Valery Legasov dans Chernobyl. On retrouve aussi Lee Pace, vous vous souvenez peut-être de la série Pushing Daisies, il était Ned le pâtissier. Deux très bons acteurs, un bon point. Apple a décidé de mettre beaucoup de moyens dans Fondation, et a déjà commandé une saison deux. Si tout va bien, on est même parti pour 8 saisons de 10 épisodes.

Rapide résumé de l’histoire de Foundation : nous sommes dans un futur très lointain, il y a un Empire galactique à la tête de 25 millions de planètes, 40 milliards d’habitants. Un beau jour, un mathématicien, Hari Seldon présente le concept de "psychohistoire". A l’aide des mathématiques, Seldon prétend que l’Empire va s’effondrer, que nous sommes devant 30.000 ans de ténèbres et qu’en suivant ses indications, l’humanité sortira de la barbarie après 1000 ans. Les livres d’Asimov, comme il le dit lui-même, sont des livres d’histoire du futur. Et comme je suis consciencieux, j’ai profité de l’été pour lire les trois premiers des sept livres du cycle de Fondation. Et c’est vachement bien mais totalement inadaptable.

Foundation est une excellente série. D’abord sur la forme : la mise en scène, sans être particulièrement inventive, est efficace, grâce à des décors naturels somptueux et des effets spéciaux jamais clinquants et toujours au service du récit. La direction artistique est impeccable, il y a de nombreux plans d’une beauté à couper le souffle. La qualité du casting aussi est à souligner, que ce soit les acteurs confirmés ou de jeunes actrices comme Lou Llobell, Leah Harvey, ou Laura Birn. D’ailleurs, petite remarque, ces trois femmes incarnent des personnes qui étaient des hommes dans les livres d’Asimov. D’ailleurs, c’est assez dingue, il n’y a quasi-pas de femmes dans ces livres. La série a fait ce qu’on appelle du "gender-swapping", et c’était assez indispensable.

Sur le fond, la série arrive à rendre intéressant les fameux livres d’histoire du futur d’Asimov. Cette œuvre n’a jamais été adaptée parce qu’il n’y a rien auquel une série ou un film puisse se raccrocher : l’histoire est étalée sur des centaines d’années, Asimov se désintéresse du suspens, des retournements de situation, des batailles ou des histoires d’amour. Pire, ses personnages ne sont jamais développés. Et comme je vous le dis souvent, une bonne série, c’est avant tout de bons personnages. Alors Foundation, la série, triche un peu, avec le personnage de l’empereur ou Hari Seldon. Vous verrez que les sauts dans le temps obligatoires pour raconter une histoire aussi étalée passent relativement bien avec ces petites tricheries.

Le scénario n’est pas simpliste et la série arrive à nous donner envie de voir la suite, avec des fins d’épisodes très accrocheuses. Et puis, surtout, la série est profonde et entre en résonance avec notre temps. Elle parle d’histoire, bien sûr, mais aussi d’émotions, de sciences, de rationalité, pas mal de choses qui nous manquent ces derniers temps. "La violence est le dernier refuge de l’incompétence", dira un personnage. C’est tout à fait ça. Pour être tout à fait complet, le début de la série n’est pas simple, il faut s’accrocher. On pourrait reprocher un peu de froideur, aussi, mais comment faire autrement avec un matériau de base aussi aride. Foundation, ce n’est pas tout à fait le nouveau "Game of thrones" parce qu’il n’y a pas de dragons, pas beaucoup de sang, pas de sexe, mais ça y ressemble quand même de par l’aspect épique, grandiloquent, le sérieux déployé pour adapter cette histoire. C’est de la science-fiction exigeante, peut-être pas destinée à tous les publics. Mais si vous faites le voyage, accrochez-vous, surtout au début. Foundation, une série Apple TV +. Elle débute ce vendredi matin avec deux épisodes, puis un épisode par semaine. Et c’est franchement recommandable.

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