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Faut-il guillotiner Emmanuel Macron ?

Faut-il guillotiner Emmanuel Macron ?
Faut-il guillotiner Emmanuel Macron ? - © GERARD JULIEN - AFP

En France, l’opposition à la réforme des retraites se poursuit et se radicalise de manière virulente et interpellante. Pourquoi donc tant de haine ? Comment les manifestants en sont-ils arrivés à un tel niveau d’agressivité verbale et de violence symbolique ? Pierre Marlet s’est penché sur la question et sur la genèse de cette colère.

La réaction d’une figure légendaire

Cette violence a fait réagir l’ancien Ministre de la Justice, Robert Badinter. À 91 ans, il est réapparu publiquement sur un plateau de télévision cette semaine pour signifier son indignation. L’image des manifestants se promenant dans les rues de Paris avec la tête de Macron brandie au bout d’une pique, à la manière des révolutionnaires français, l’a choqué. Et cela se comprend, venant de l’homme qui a fait de l’abolition de la peine de mort le combat de sa vie. Venant de l’homme qui ne s’est jamais pardonné de ne pas avoir réussi à sauver la tête de son client, Roger Bontemps, lorsqu’il était avocat. Le jour de son exécution, Badinter se jure d’abolir la peine de mort en France. Il y parvient en 1981, alors garde des sceaux de Mitterrand. À l’époque, la plupart des Français est opposé à l’abolition, mais au fil d’années, les partisans de la peine capitale se font de moins en moins nombreux. Aujourd’hui, cependant, les sondages indiquent que la tendance remonte autour des 45-50%.

Parfums révolutionnaires

Pour les opposants au régime, cette violence symbolique serait justifiée étant donné qu’Emmanuel Macron se comporterait en monarque absolu à L’Elysée, à l’image de Louis XVI à Versailles. Inutile de rappeler que la tête de ce dernier s’est finalement retrouvée sous la guillotine, sur la place de la Concorde. Les chants entonnés dans les manifestations demandent également la mort par pendaison du président. Qu’il soit pendu ou guillotiné, ces relents de Révolution française ressemblent heureusement plus à du folklore qu’à de véritables appels au meurtre. Même si Robert Badinter exhorterait à ne pas plaisanter en employant ce genre de termes.

La rancune des candidats déchus

Certains politiques, comme Jean-Luc Mélenchon, défendent la démarche des manifestants en utilisant justement l’argument folklorique. Peut-être parce qu’il n’a jamais vraiment accepté le résultat de la dernière élection présidentielle. Ce comportement est révélateur puisque l’agressivité générale envers Macron est quelque peu entretenue par celles et ceux pour qui la défaite en 2017 est restée en travers de la gorge. Jusqu’il y a peu, les candidats qui perdaient une élection présidentielle restaient beaux joueurs, à l’instar de Mitterrand contre Giscard en 1974. En 2012, lorsque François Hollande est devenu président, les plus fidèles partisans de Nicolas Sarkozy n’ont pas digéré la défaite de leur champion et ont commencé à crier au complot médiatique. Mais c’est avec la victoire d’Emmanuel Macron en 2017 que les insinuations ont véritablement débuté. S’il a gagné, c’est parce que les magnats de la finance et de la presse le soutenaient. Si sa victoire est illégitime, il est donc légitime de le déchoir. S’il ne recule pas devant la contestation contre la réforme des retraites, c’est lui qui engendre la violence. Quelques intellectuels, comme Michel Onfray, estiment même que la France de Macron est entrée en dictature. Dans ce contexte, la parodie d’appel au meurtre présidentiel n’a peut-être rien de folklorique. La violence est une spirale incontrôlable : certains manifestants font preuve d’agressivité, répondant eux-mêmes à celle des forces de l’ordre et le président condamne également certains comportements inacceptables… Un cocktail détonnant qu’il ne faut pas négliger de prendre au sérieux.

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