Matin Première

Faut-il couper la tête à l’espace Schengen ?

Il y a 5 ans, au cœur de Paris, plusieurs hommes armés faisaient feu aux terrasses des cafés, aux abords du Stade de France et dans la salle de spectacle du Bataclan. Des attaques qui faisaient 130 morts et 350 blessés. Une partie des terroristes venaient de Belgique et dans les jours qui ont suivi, c’est la liberté de circulation en Europe, ce qu’on appelle aussi l’espace Schengen, qui était pointé du doigt. Et aujourd’hui, 5 ans plus tard, après les attentats qui viennent de frapper Nice ou Vienne, le débat tourne toujours en rond.


 

Devant la menace terroriste, les frontières se referment

Et il y a 5 ans, le France instaurait l’état d’urgence et rétablissait les contrôles d’identité aux frontières. C’est aujourd’hui devenu un reflex. Face à la menace terroriste, migratoire ou sanitaire, les frontières en Europe se referment toujours.
 

Devant le danger, les Européens se barricadent

Généralement, ce sont les voix d’extrême droite ou de la droite très très à droite qui tirent en premier sur la liberté de circulation. Mais pas cette fois.

 

Macron veut réformer Schengen

Le coup est parti d’un dirigeant pro-européen, Emmanuel Macron, celui-là même qui il y a trois ans et demi se faisait élire à grand renfort d’hymne à la joie et de drapeaux européens.

Le président français veut réformer Schengen. Il le répète à l’envie depuis une semaine. La dernière fois, c’était ce mardi en compagnie des dirigeants allemands, autrichiens et néerlandais lors d’un mini sommet européen. Et s’il fait ça, c’est aussi parce que le terroriste qui a tué trois personnes dans la basilique de Nice il y a deux semaines était arrivé le matin même d’Italie. Il avait passé la frontière sans contrôle.

De nouvelles mesures aux frontières de l’espace Schengen ?

L’espace Schengen a été mis en place il y a un peu plus de 25 ans.

Une époque où la menace terroriste n’avait pas la même ampleur qu’aujourd’hui. Un temps où la crise migratoire n’existait pas et où les risques de pandémie ne faisaient pas partie des scénarios envisagés. Une autre époque.

Alors forcément il y a des trous dans la raquette même si au fil des ans, et des attaques terroristes, de nouvelles mesures ont permis de resserrer le cordage. Un système de contrôles d’identité des passagers aériens a vu le jour. Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières et garde-côtes va voir ses moyens multipliés par 6 dans les prochaines années. Et la Commission travaille depuis trois ans déjà à de nouvelles règles pour l’espace Schengen.

L’Europe, pas prisonnière de ses dogmes

La proposition de la Commission n’est pas attendue avant l’année prochaine.

C’est long. Trop long, alors entre-temps il faut occuper le terrain. Montrer à l’opinion publique que les dirigeants européens sont là pour les protéger. Montrer aussi que l’Europe n’est pas prisonnière de ses dogmes, que si elle a su mettre l’orthodoxie budgétaire sous cloche face à la menace du covid, elle pourrait faire la même chose avec la liberté de circulation face à la résurgence du terrorisme.


Mais soyons clairs, l’objectif des dirigeants européens n’est pas de réintroduire des contrôles systématiques aux frontières internes de l’Union. Cela reviendrait à trop cher et le chaos aux frontières du printemps dernier a démontré que cela paralysait l’économie européenne.

Pas question de toucher aux fondamentaux de Schengen, mais…

Pas question de toucher aux fondamentaux de Schengen, mais ce ne sera pas le statu quo non plus.

S’il veut survivre, l’espace de libre circulation doit s’adapter. Cela passera sans doute par plus de contraintes pour les Etats qui font partie de Schengen avec une menace d’exclusion du club pour ceux qui ne respectent pas les règles.

Et il ne faudra pas attendre 5 ans pour que ces nouvelles mesures voient le jour. Le Président français à sa réélection dans le viseur. Il veut se présenter comme celui qui aura réformé l’Europe d’ici 2022

 

 

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