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Eurovision : la candidate Manija défie le conservatisme russe

En mai a lieu le concours Eurovision à Rotterdam et en Russie le choix de la chanson crée une très grosse controverse. C’est la candidature de Manija Sanguine qui a conquis les téléspectateurs avec sa chanson féministe, "femme russe". Une candidature assez atypique et très politique pour la Russie, car sa chanson dénonce les préjugés subis par les femmes en Russie.

Dans sa combinaison rouge, Manija scande en rap ces paroles dénonçant les stéréotypes que subissent les femmes : "eh bien, la trentaine passée et toujours pas d’enfants ? En gros, t’es belle mais trop grosse".

Les préjugés dont elle dit avoir été elle-même l’objet.

Quel est le parcours de Manija ?

En tant que chanteuse, elle s’est fait connaître grâce à de courts clips musicaux diffusés sur Instagram.

Manija a créé sa notoriété sur les réseaux sociaux où elle revendique quand même 1 million d’abonnés. Elle y présente les causes pour lesquelles elle milite : les droits des femmes, mais aussi les droits des LGBT +, les droits des réfugiés.

Le parcours de Manija est particulier, la chanteuse est née au Tadjikistan, ex-république soviétique pauvre d’Asie centrale, Manija et sa famille ont fui la guerre civile en s’installant à Moscou trois ans plus tard.

En 2019, elle a lancé une application qui met en relation les femmes victimes de violences domestiques et des centres capables de leur venir en aide. En décembre, elle est aussi devenue ambassadrice pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Manija adorée par le public, détestée par les conservateurs

Manija Sanguine a été choisie par le public, mais elle est détestée par les conservateurs russes. Une association de femmes orthodoxes l’accuse de "saper les fondements de la famille traditionnelle".

La présidente du sénat Valentina Matvienko a exprimé sa désapprobation face au choix des Russes. Elle estime que la chanson de Manija n’a pas de sens et s’est offusquée des "danses afro-américaines" de la chorégraphie.

La chaîne de télévision publique russe a de son côté rappelé que Manija avait été désignée par les téléspectateurs de la chaîne lors d’un vote le 8 mars et s’est dite prête à transmettre les données au Sénat.

Manija, satisfaite de pouvoir ouvrir le débat

S’il y a une polémique, c’est qu’avec cette chanson Manija a mis le doigt sur une plaie. Manija elle, reste fidèle à ses convictions et est heureuse que justement le débat sur la femme Russe s’ouvre.

Ce vote pour Manija à la télévision fédérale "déclare la guerre à la xénophobie et à la misogynie russe", s’exclame le journal indépendant Novaïa Gazeta.

Un pouvoir russe qui pourrait voir cette candidature d’un bon œil et qui pourrait donner une autre image. Manija disait d’ailleurs dans un communiqué. "Je suis tadjike, mais la Russie m’a acceptée et m’a élevée. Je veux que le monde voie notre pays comme je le connais : généreux, ouvert, brillant, incomparable".

 

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