Matin Première

Entre le parti de Victor Orban et le PPE, la fin du "Je t’aime moi non plus"

Cette semaine les députés hongrois du Fidesz, le parti de Victor Orban ont fait leur valise. Ils ont quitté le groupe PPE, la famille politique de centre droit au Parlement européen. Ce Retour sur l’épilogue de cette relation tumultueuse qui a agité la droite européenne pendant de nombreuses années.

 

Fidez, des cartons jaunes, mais jamais de rouges

 

Entre le Fidesz et le PPE ça a longtemps été ça "je t’aime moi non plus" sans le riff d’orgue, sans les soupirs, mais c’était une relation ambiguë, torride, voire carrément obscène, notamment depuis le virage illibéral de Victor Orban. Car dès qu’il en a l’occasion, aujourd’hui, le Premier ministre hongrois passe à la sulfateuse les politiques européennes et ses dirigeants tout en s’asseyant sur l’état de droit.
La Hongrie est d’ailleurs sous le coup d’une procédure européenne pour évaluer s’il y a un risque de violation grave des valeurs de l’Union, c’est la procédure de l’article 7. Ce n’est pas très efficace, mais c’est hautement symbolique. C’est une sorte de carton jaune que l’Union peut dégainer contre l’un de ces membres qui dérape. Pourtant, le PPE n’a jamais osé exclure le Fidesz de ses rangs. Tout juste a-t-il été suspendu du parti lorsque les Hongrois se sont attaqués à Jean Claude Juncker, alors président de la Commission européenne et membre éminent du PPE. Mais les eurodéputés du Fidesz eux, avait pu continuer à siéger et à participer aux travaux du groupe PPE dans l’hémicycle.

 

Comment expliquer cet aveuglement du PPE ?

Le Fidesz a de bons avocats au sein du parti. L’Allemagne est toujours venu à la rescousse de Victor Orban. Sous la pression de ses industriels notamment très présents et influents en Hongrie et auprès du Fidesz. Et puis les positions anti immigration du Premier ministre hongrois séduisent toujours une partie de l’électorat de droite en Europe.

Pour certaines délégations du PPE, le Fidesz c’était un peu le pare-feu à l’extrême droite. Mieux valait l’avoir dans la famille et discuter tranquillement avec lui plutôt que de devoir se battre publiquement contre ses idées.


Enfin c’était le cas jusqu’à cette semaine, après une nouvelle sortie de route d’un eurodéputé du Fidesz qui a comparé les méthodes de Manfred Weber, le chef du groupe PPE au Parlement européen, à celles de la Gestapo, il a été décidé de mettre en cohérence les statuts du groupe et ceux du parti. Cela n’a pas plu à Victor Orban qui a choisi de claquer la porte du groupe PPE et de mettre un terme à 20 ans de relations tumultueuses.


Plus besoin de l’exclure, problème réglé ?

En partie seulement. D’abord parce que les idées et les méthodes de Victor Orban ont eu le temps d’infuser dans le PPE. Le Premier ministre slovène par exemple, Janez Jansa, est aujourd’hui pointé du doigt par la Commission pour s’en prendre régulièrement aux journalistes et menacer la liberté de la presse. Ensuite parce que hors du PPE, l’illibéralisme de Victor Orban va continuer d’exister. Il pourrait même se radicaliser. Voir se renforcer si les députés du Fidesz décident de rejoindre le groupe des conservateurs eurosceptiques là où siègent déjà ses alliés nationalistes polonais.

 

Le Fidesz va-t-il céder sa place à la Lega de Matteo Salvini ?


Enfin, au sein du PPE, tout le monde n’est pas convaincu que la ligne centriste et modérée soit la meilleure. Le groupe a beau être le plus important au sein de l’hémicycle européen, en 20 ans ses effectifs ont fondu d’un tiers au profit de la droite plus radicale, plus nationaliste. Justement, de ce coté là du spectre politique, il y a un parti politique au passé sulfureux et qui aujourd’hui est en quête de respectabilité. Un parti qui aimerait bien achever sa mue démocratique sur les sièges encore tièdes du Fidesz. Il frappe discrètement à la porte du PPE : c’est la Lega de Matteo Salvini…



La chanson "Je t’aime moi non plus" a été interprétée par Brigitte Bardot avant de devenir un tube avec Jane Birkin. A mon avis, plusieurs cadres du PPE aimeraient bien remettre une pièce dans le juke-box européen mais cette fois-ci pour un duo avec la Lega.

Réécouter l'oeil d'Olivier Hanrion

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK