Matin Première

Donald Trump, candidat de l'ordre face aux manifestations ?

Les funérailles de George Floyd ont eu lieu à Houston au Texas. L’œil de Pierre Marlet s’est posé sur ce qui est devenu une affaire d’Etat et un thème de la campagne présidentielle. Donald Trump en 2020 est-il comparable à Richard Nixon en 1968 ?

Donald Trump et Joe Biden, deux camps, deux visions opposées

Et ce drame divise les camps, avec des attitudes très différentes des 2 candidats. Le démocrate Joe Biden est venu visiter hier la famille de George Floyd, il s’est montré en empathie avec les manifestants antiracistes dans toute l’Amérique et il choisira très certainement une Afro-Américaine comme vice-présidente. A l’opposé il y a Donald Trump qui n’a pas exprimé de compassion pour la victime de la police de Minneapolis. Tous ces messages, verbaux ou virtuels – ont ciblé les débordements qui ont eu lieu lors des manifestations. La plupart de celles-ci ont pourtant été pacifistes mais quand on écoute Donald Trump on a l’impression que l’Amérique est à feu et à sang…

 

La violence et le vandalisme sont le fait des antifascistes et d’autres groupes radicaux d’extrême gauche qui sèment la terreur, détruisent des emplois, perturbent les affaires et mettent le feu aux immeubles.

Donald Trump a choisi son camp

Donald Trump s’adresse à son électorat, celui qui n’a pas de sympathie pour la cause noire et qui est inquiet des débordements qui ont parfois lieu lors des manifestations.

Et comme souvent en pareil cas ce qui est en jeu c’est davantage la perception de la réalité par la population que la réalité elle-même. Le pari de Donald Trump c’est que finalement beaucoup d’Américains soient surtout inquiets des perturbations en tous genres, issues des manifestations : les mots que l’on a entendus du président sont révélateurs : il fait des manifestants des radicaux d’extrême gauche qui perturbent l’économie : c’est mauvais pour les jobs et les business les 2 mots sont cités.

A l’élection présidentielle, il sait qu’il n’a rien à gagner du côté de la cause noire ou antiraciste : quoi qu’il puisse dire, ceux-là ne voteront pas pour lui, alors autant parler à son électorat, le mobiliser et lui faire peur de ce qui pourrait arriver en cas de victoire démocrate.

Donald Trump sur les pas de Richard Nixon en 1968

Donald Trump suit ainsi un exemple célèbre dans l’histoire de l’Amérique : celui de Richard Nixon en 1968.

Et c’est intéressant parce que le contexte d’aujourd’hui peut rappeler celui du printemps 68 aux Etats-unis. 68 on le sait c’est une année de contestation un peu partout dans le monde, à Paris bien sûr, et aux Etats-Unis, des émeutes éclatent, provoquées par l’assassinat d’un homme entré dans la légende : Martin Luther King.

Le rêve du pasteur noir Martin Luther King : Vivre un jour en paix sans être jugé sur sa couleur de peau mais sur sa personnalité.

J’ai un rêve aujourd’hui…

Le parallèle avec ce qui se passe aujourd’hui est intéressant : sa mort provoque l’indignation et des émeutes à Baltimore vont nécessiter l’intervention de l’armée. Elle aura besoin d’une semaine pour y rétablir l’ordre…

Et à l’époque, les démocrates défendent la cause des Noirs alors que le candidat républicain à la Maison blanche se pose en défenseur de l’ordre…

Et c’est précisément lui qui va l’emporter : l’élection est serrée et Richard Nixon l’emporte. L’Amérique d’alors est dominée par la lutte pour les droits civiques, contre la ségrégation raciale et contre la guerre du Vietnam. Or Richard Nixon l’emporte avec comme slogan de campagne " law and order ".

La loi et l’ordre. Vous me voyez venir : le retour à l’ordre, c’est précisément le positionnement de Donald Trump qui stigmatise les manifestants, accusés de perturber la bonne marche de l’Amérique. Défendre l’ordre peut être payant au plan électoral.

Donald Trump Richard Nixon même combat ?

En politique, 5 mois c’est une éternité : au début de cette année, on pensait que l’élection allait se jouer sur les thèmes économiques, puis le Covid 19 et sa gestion sont venus tout bouleverser et voilà qu’à présent le racisme et le comportement policier s’imposent comme une préoccupation majeure. Donc prudence.

Et prudence aussi dans la comparaison entre Richard Nixon et Donald Trump. Car Nixon se voulait défenseur de l’ordre mais aussi la loi ; le respect de la loi, l’actuel locataire de la Maison blanche ne s’en soucie guère. De même, si Nixon se posait en défenseur de l’ordre, il se disait partisan des droits civiques, autrement dit son positionnement était beaucoup plus consensuel que celui de Trump aujourd’hui.

Aujourd’hui un certain nombre de républicains disent publiquement qu’ils ne voteront pas pour Donald Trump. Colin Powell, vous vous souvenez, le secrétaire d’Etat de George Bush qui agitait des éprouvettes aux nations unies censées prouver les armes de destruction massive en Irak que l’on n’a jamais trouvées. George Bush qui s’oppose lui aussi à Donald Trump et c’est tout de même piquant de voir que ceux qui faisaient à l’époque figure de faucons font figure de colombes face à Donald Trump.

Alors cette vague de contestation antiraciste est-elle du pain béni pour Donald Trump ou va-t-elle au contraire être un tremplin pour son challenger Joe Biden ? On n’a pas fini d’en débattre mais on ne le saura que dans 148 jours…

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