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Démission de la journaliste Bari Weiss du NYTimes : "L'autocensure était devenue la norme"

Démission de la journaliste Bari Weiss du NYTimes : "L’autocensure était devenue la norme"
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Démission de la journaliste Bari Weiss du NYTimes : "L’autocensure était devenue la norme" - © ANTHONY WALLACE - AFP

La journaliste éditorialiste Bari Weiss du New York Times a récemment démissionné du prestigieux quotidien. La journaliste justifie son choix dans sa lettre de démission où elle explique l’autocensure qui règne au sein du média. Marie Vancustem a analysé le message derrière cette démission dans les Décodeurs de Matin Première.

Qui est Bari Weiss ?

Bari Weiss est une journaliste américaine de 36 ans.

Elle est éditorialiste : c’est-à-dire que dans ses articles, elle défend des opinions, des points de vue.

Elle est juive, milite contre l’antisémitisme, et se définit comme une libérale centriste.

Bari Weiss a longtemps travaillé au Wall Street Journal, rédactrice en chef, critique de livres.

Puis elle est passée au New York Times à une époque très particulière, juste après l’élection de Donald Trump.

Une époque à laquelle le journal fait une profonde autocritique pour n’avoir pas anticipé l’élection de Donald Trump.

En effet, c’était à cette période, souvenez-vous, que bon nombre de médias américains se sont dits, mais enfin comment n’avons-nous pas vu venir cette victoire de Trump ?

Nous avons loupé une partie de l’électorat, nous passons en fait à côté d’une partie des Américains.

Le New York Times décide alors d’embaucher de nouveaux chroniqueurs. De donner la parole à des voix différentes. Pour le dire autrement, il s’agissait d’élargir la palette idéologique du journal, qui est quand même assez marqué démocrate et progressiste.

Et c’est ainsi que Bari Weiss débarque en 2017, avec sa plume acérée.

 

Une vision qui ne faisait pas l’unanimité

Il y a eu ce papier où Baris Weiss plaidait pour le mélange des influences culturelles en fustigeant ce qu'elle appelle la "gauche stridente" qui parle trop vite, pour elle, d'appropriation culturelle.

Elle a aussi critiqué le concept d'intersectionnalité.

C'est le fait de se trouver au carrefour de plusieurs stigmatisations possibles, être femme et noire, par exemple, ou handicapé et homosexuel.

Pour Bari Weiss, l'intersectionnalité c'est un système de castes, et les gens sont alors "validés", entendus, en fonction de combien leur caste a souffert à travers l'histoire.

De manière générale, elle attaque ce qu'elle juge être la gauche radicale.

Et à chaque papier polémique, elle se fait lyncher sur les réseaux sociaux.

L’élément déclencheur : la démission de James Bennet

Il y a quelques semaines, James Bennet, rédacteur en chef de la page éditoriale du NY Times, démissionne.

Il a laissé passer dans les pages du journal la carte blanche d’un élu républicain qui voulait une solution militaire pour encadrer les manifestations après la mort de George Floyd.

Une pétition a circulé dans la rédaction pour exiger son départ, ce qu’il a fini par faire.

Pour Bari Weiss, cette controverse interne au journal, c’est une sorte de guerre civile, dit-elle, entre les jeunes guerriers de la justice sociale d’un côté, et les plus anciens du journal, les défenseurs de la liberté d’opinion de l’autre. Et finalement, cette semaine, c’est elle qui est partie.

Elle s’est fendue d’une lettre de démission qu’elle a rendue publique.

Dans celle-ci elle écrit notamment :

L’autocensure est devenue la norme.

Et elle dénonce :

"Les histoires sont choisies et racontées de manière à satisfaire le public le plus étroit, plutôt que de permettre à un public curieux de lire sur le monde et de tirer ses propres conclusions."

Le New York Time ne prendrait-il plus assez de risques ?

Un sujet ultra polémique, une question très touchy ?

Selon Bari Weiss, le journal préférera éviter toute prise de risque, risque de déplaire, de secouer son lectorat. Elle fustige le confort intellectuel dans lequel chacun préfère rester, chacun cantonné à son opinion, plutôt que de s’essayer à l’exercice difficile du débat.

Bari Weiss cite d’ailleurs dans sa lettre Adolph Ochs, le premier propriétaire du NYTimes, qui disait en 1896 :

Faites des colonnes du New York Times un forum où sont examinées toutes les questions d’importance publique et, à cette fin, conviez-y les discussions intelligentes issues de toutes les nuances d’opinion.

 

Twitter : l’ultime éditeur du NYTimes

Baris Weiss a également affirmé que Twitter est devenu l’ultime éditeur du NYTimes.

Est-ce vrai ?

On l’ignore, mais, on ne peut nier que se trouve là un des nœuds du problème. Aujourd’hui, un article est relayé, partagé, utilisé comme étendard ou comme brûlot par certains sur les réseaux sociaux, que l’on soit d’un bord ou de l’autre, d’ailleurs, sur un sujet, ça marche dans les deux sens.

L’idée n’est pas forcément d’ouvrir le débat.

L’idée pour certain est de rallier ceux qui pensent comme soi. De renforcer sa position, de composer une petite communauté d’avis similaires et qui se définit avant tout contre les autres.

Les exemples chez nous ne manquent pas, pour éclairer ce mécanisme.

L’IVG, les nouvelles pistes cyclables à Bruxelles, le port du masque, les marches en contexte COVID suite à la mort de George Floyd.

Le fonctionnement même des réseaux sociaux, on le sait, privilégie cette façon de faire. Messages courts, sans nuances. Anonymat de l’écran. Réaction rapide, à l’émotion, sur un titre d’article.

Réécoutez la chronique de Marie Vancustem dans Matin Première !

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