Matin Première

Découvrez un monde virtuel post-Brexit !

Watch Dogs Legion
Watch Dogs Legion - © Ubisoft

À quoi ressemblera l’Angleterre post-Brexit ? Beaucoup d’observateurs politiques se sont risqués à une ébauche de réponse, mais ce ne sont pas les seuls. De manière plus inattendue, le monde du jeu vidéo s’est également emparé de cette actualité brûlante pour créer le nouveau Watch Dogs Legion. Dans ce troisième volet, le joueur incarne un pirate informatique qui tente de faire tomber le système de surveillance autoritaire de l’État. Quand la fiction se mêle à la réalité dans un jeu vidéo dystopique, Gilles Quoistiaux analyse de plus près ce phénomène.

Mise en abyme virtuelle

Le nouveau volet de Watch Dogs Legion, en préparation depuis quatre ans, imagine un univers futuriste dans lequel l’Angleterre a définitivement quitté l’Union européenne. Le jeu n’est pas encore tout à fait prêt, mais entretemps, la réalité a dépassé la fiction puisque le Brexit s’est matérialisé officiellement ce 31 janvier 2020. Le concepteur du jeu a donc profité de cette actualité pour donner une interview à la BBC… à l’intérieur-même de son scénario dystopique ! Les équipes d’Ubisoft, l’éditeur du jeu vidéo, ont créé les avatars du journaliste de la BBC et du créateur, qui se sont donc rencontrés dans les rues virtuelles d’un Londres post-Brexit.

À quoi ressemble l’Angleterre post-Brexit ?

Malheureusement, les scénaristes de Watch Dogs Legion ont opté pour un futur assez sombre. Désormais hors de l’Europe, la Grande-Bretagne a des airs apocalyptiques. Le joueur incarne donc un hacker membre du groupe résistant au nouveau pouvoir qui s’est installé après le Brexit. L’État utilise les technologies de vidéosurveillance, les drones, l’intelligence artificielle ou encore les robots pour asservir la population. Watch Dogs n’est d’ailleurs pas le premier jeu vidéo à traiter du Brexit. Not Tonight, sorti en 2018, décrit un Royaume-Uni au sein duquel règne la xénophobie envers les Européens, baptisés les Euros. Ces Euros vivent dans des zones de confinement et deviennent des citoyens de seconde zone. Les jeux vidéo peuvent ainsi contenir des messages très politisés.

Quand le jeu vidéo parle d’actualité

Dans son interview virtuelle à la BBC, le concepteur de ce troisième volet de Watch Dogs Legion affirme que le jeu vidéo est une industrie créative dont le rôle est de développer des univers qui répondent à des faits majeurs d’actualité. Pour lui, se saisir du Brexit était une évidence, même si le traitement du sujet ne plaît pas à tout le monde, encore moins à la majorité des Britanniques qui ont voté en faveur de la sortie de l’Europe. Ubisoft ne se limitera cependant pas à la Grande-Bretagne, mais vendra son jeu aux États-Unis, en Asie et en Europe. Si les créateurs de Watch Dogs semblent être plutôt critiques à l’égard du Brexit, c’est que le marché du jeu vidéo pèse lourd au Royaume-Uni : 5 milliards de livres selon le Guardian. Il emploie également plus de 12.000 personnes, dont un tiers environ sont des Européens, sans doute pas tous favorables au Brexit. De plus, il sera sans doute désormais compliqué d’attirer les développeurs européens, de même que les Anglais ne pourront plus peser sur les règles relatives au Digital Single Market, le marché unique de l’économie digitale. Ceci pourrait expliquer l’inquiétude, voire l’animosité des concepteurs du jeu vis-à-vis de cette sortie de l’Union européenne.

(Ré)écoutez la chronique de Gilles Quoistiaux dans Matin Première !

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