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De Gaulle et les États-Unis : cette volonté de se différencier

Il y a 50 ans ce fut un événement considérable non seulement en France mais dans le monde entier : le général De Gaulle décédait dans sa maison de Colombey-les-Deux-Églises où il s’était retiré loin de l’agitation parisienne. Retour sur les relations orageuses entre le général et l’Amérique.

 

Une opposition profondément ancrée

Le général de Gaulle quand il était président de la République a même fait bannir le whisky des buffets de l’Elysée.

Un enfantillage révélateur d’une réelle opposition à l’Amérique qui s’est profondément ancré dans la mémoire française : on prête ainsi cette phrase à Jacques Chirac, quand il était président :

En diplomatie internationale, je regarde ce que font les Américains… Et je fais le contraire.

Chirac, qui a incarné l’opposition à la guerre en Irak voulue par George W Bush, en cela il était bien l’héritier de la diplomatie gaullienne. Car dans les années 60, quand De Gaulle était président, l’Amérique s’engage dans la guerre du Vietnam et le général ne veut absolument pas se laisser entraîner dans un tel guêpier.

En tant qu’allié de l’Amérique, il prévient et puisque les Etats-Unis ne l’écoutent pas, il décide de prendre ses distances et quand on s’appelle De Gaulle c’est assez spectaculaire.

La France quitte l’OTAN

C’est ainsi que la France va sortir de l’Otan, ce qui à l’époque crée un énorme choc.

La France est avec l’Allemagne occidentale le pays qui abrite le plus de bases militaires américaines en Europe et que le Shape est installé à Paris.

Tirant profit de ce départ des Français de l’Otan au plan militaire, la Belgique en tirera d’ailleurs profit pour accueillir le siège à Bruxelles et à Mons.

Mais dans les années 60 nous sommes en pleine guerre froide. Et tout en sortant de l’Otan, voilà que De Gaulle donne des sueurs froides aux Américains en se rendant en visite officielle en Union soviétique où on lui déroule le tapis rouge.

Et à Moscou, le général, jamais avare d’une formule choc, dira à un Brejnev interloqué :

Ah monsieur le secrétaire général, comme nous sommes heureux de vous avoir pour nous aider à résister aux pressions des Etats-Unis…

De même ajoutera-t-il, que nous sommes bien contents d’avoir les Etats-Unis pour résister aux pressions de l’Union soviétique… Ce qui résume admirablement sa pensée.

Sortir de la domination, se doter du nucléaire

Le fondement de la diplomatie gaullienne, c’est de sortir de cette domination des deux super grands qui dominent la scène internationale.

Et c’est la raison pour laquelle il a, dès son arrivée au pouvoir, cherché à doter la France de l’arme nucléaire.

Pour lui, c’est une manière de marquer l’indépendance de la France et de ne pas dépendre du parapluie américain.

Notons que tout cela résonne particulièrement aujourd’hui : Donald Trump s’est ainsi agacé que les pays européens membres de l’Otan ne contribuaient pas assez à leur défense.

C’est dit en termes uniquement comptables mais cela a eu le mérite de rappeler aux Européens qu’il est toujours risqué de dépendre trop d’autrui. C’est finalement ce que De Gaulle disait déjà il y a plus de 50 ans, agaçant ainsi au plus haut point les dirigeants américains.

 

Les relations entre De Gaulle et les Etats-Unis ont-elles toujours été orageuses ?

Oui et cela remonte à la seconde guerre mondiale. Pourtant à la libération, il fait figure de héros auprès du peuple américain.

De Gaulle reçoit un accueil chaleureux fin 44, mais cela masque les difficultés énormes que De Gaulle a éprouvées à se faire reconnaître comme le représentant de la France auprès des Américains.

Roosevelt n’avait aucune confiance en lui et a tout fait pour le mettre sur la touche.

Aux sources de l’antiaméricanisme de De Gaulle

Même si le mot est sans doute un peu fort, l’antiaméricanisme vient en quelque sorte de la seconde guerre mondiale.

Et c’est une forme de paradoxe parce que quand en 1940 De Gaulle refuse la capitulation de la France et part à Londres pour incarner la lutte, le 18 juin il dit :

Dans l’univers libre des forces immenses n’ont pas encore donné et un jour elles écraseront l’ennemi 

Il fait allusion à l’Amérique et c’est bien vu. Sauf que l’Amérique ne veut pas de lui : aux yeux de Roosevelt il ne représente rien : en 44, les Américains pensent administrer eux-mêmes la France comme un pays vaincu. Inacceptable pour un De Gaulle qui s’en insurge à la veille du débarquement auprès de Churchill dans une entrevue homérique. Hors de lui Churchill dira alors à De Gaulle :

Chaque fois que nous aurons le choix entre vous et le grand large, nous choisirons le grand large, c’est-à-dire l’Amérique.

Cela dit, Churchill comprendra vite qu’il est un nain face à Roosevelt et Staline et pour se sentir moins seul, il fera tout pour associer la France à la table des vainqueurs.

Conclusion le général De Gaulle sait ce qu’il doit à l’Amérique et à l’Angleterre mais il fera tout ensuite pour exister en dehors d’eux et dans la diplomatie française de 2020, il en reste quelque chose, cette volonté de se différencier des autres, cette prétention à la grandeur, bref ce plaisir assumé de vouloir être en somme l’embetteuse du monde. Ce qui est somme toute très gaullien.

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