Matin Première

"Dans Squid Game, j’ai surtout vu beaucoup trop de violence, trop facilement exposée, trop réaliste, trop esthétisée, trop ludique, comme si c’était l’objectif numéro 1"

Succession et Squid Game quand une série est sous-cotée à voir absolument, et que l'autre surcotée est à éviter tant que possible.

1. Le seul problème de la série Succession : elle est trop peu connue

 

Succession, ça commence comme une comptine, puis les cordes viennent vous rappeler qu’on est pas là pour jouer.

Succession, c’est une série HBO qui raconte l’histoire de la famille Roy. Imaginez les Murdock ou les Bolloré : une très riche famille propriétaire d’un conglomérat leader sur le marché des médias. Les Roy, ce n’est pas les 1%, mais les 0,01%. Logan est le patriarche, qui tient sa famille d’une main de fer. Mais l’âge le rattrape : il serait temps de laisser la main à la génération suivante. Il y a 4 enfants, mais c’est Kendall qui se profile comme le successeur désigné. La série débute par une fête d’anniversaire : les 80 ans de Logan. Et à cette occasion, il annonce qu’il ne se retire pas, il garde, fermement, la main sur l’empire. A la fin du tout premier épisode, Logan souffre d’un AVC et c’est le début d’une guerre intrafamillale pour la succession. Avec, comme personne principal, Logan qui ne lâche rien.

 

Pour avoir vu 7 des 10 épisodes, je le garantis : c’est à nouveau excellent, c’est vraiment le très haut du panier, le 0,1% de la télé.


Le problème : la série est trop peu connue, malheureusement, elle reste assez confidentielle. Et c’est dommage parce une fois que vous la commencez, c’est très compliqué de décrocher.

Tout y est : un casting d’enfer avec des acteurs et actrices vraiment impeccables, qui incarnent des personnages absolument imbuvables, prêts à tout pour prendre la tête de l’empire.  

Succession, c’est une suite de scènes de famille, où tous les coups sont permis.

C’est assez jouissif et parfois très gênant de voir ces êtres franchement pathétiques s’unir et se désunir au gré des humeurs du patriarche. La série oscille entre comédie et drame, entre batailles d’ego et quêtes désespérés de l’amour paternel, le tout mâtiné de dialogues ciselés au scalpel.

Ça claque, c’est cynique,   c’est désespérant, c’est formidable à regarder. Succession, saison 3, ça a démarré hier sur BeTV. Les deux premières saisons sont disponibles à la demande sur BeTV et en DVD.

Allez y, vraiment, vous ne le regretterez pas, promis.


 

2. Squid Game : trop de violence, trop facilement exposée

 

J’ai péniblement fini Squid Game. La série a des qualités, bien sur, au niveau esthétique. Elle est sans pitié pour ses personnages, c’est pas mal. Elle se veut porteuse d’un message politique, parce que la situation en Corée du sud est très difficile, avec une disparité des salaires qui a doublé, entre les plus faibles et les plus élevées depuis 2017, les conséquences du covid. La série abuse de théâtralité, 


Dans Squid Game, j’ai surtout vu beaucoup trop de violence, trop facilement exposée, trop réaliste, trop esthétisée, trop ludique, comme si c’était l’objectif numéro 1 : montrer un jeu de massacre pour le plaisir. Cette première saison m’a semblé très longue : le propos aurait pu être ramassé en 5-6 épisodes, pas plus. Je ne critique pas pour critiquer, mais j’ai pas été convaincu. 


En attendant, des millions de gens, partout dans le monde, ont été, eux convaincus par Squid Game. 

Les derniers chiffres obtenus par Bloomberg sont intéressants : 132 millions de comptes ont regardé au moins 2 minutes de la série, sur les 23 premiers jours de disponibilités, c’est la donnée principale de Netflix et c’est un record absolu, plus de double du précédent record détenue par Bridgerton. On sait aussi que 66 millions de comptes ont terminé la série. L’action en bourse de Netflix a progressé de 7% depuis que le succès planétaire de Squid Game. 


 

Comment expliquer ce succès ? 

 

Parce que les gens sont un peu pervers ? Plus sérieusement, Netflix, c’est avant tout un système bien rôdé, avec une sortie mondiale, des sous-titres et un doublage qui permet à tout le monde d’être traité de la même façon, ça semble trivial, mais c’est important.

Mais le succès reste une surprise, en tout cas de ce côté-ci de la planète.

Chaque mois, Netflix envoie à la presse et sur les réseaux sociaux ses prévisions de sortie pour le mois suivant. Squid Game n’apparaissait pas dans la liste des sorties. Mais il existe un terreau, chez les plus jeunes, qui regardent les drama-asiatiques, il y a même un service de streaming disponible chez nous, qui s’appellent Viki. Et un certain nombre de fans dans une série japonaise qui ressemble à Squid game, sortie l’an dernier, qui s’appelle Alice in borderland.

L’algorithme de Netflix a donc proposé Squid Game aux fans de K-drama, aux comptes qui ont vu Alice in borderland.

 

Ensuite le bouche à oreille a fonctionné, aidé par ce qu’on appelle le FOMO : le fear of missing out, la peur de louper quelque chose.

 

Des comptes pas habitués à regarder des séries d’horreur de ce genre, ou du contenu asiatique, ont commencé à regarder. Et par capillarité, des comptes au profil appréciant les mêmes choses que moi ont aussi regardé Squid game. Résultat des courses, l’algorithme de Netflix me donne 99% de recommandation pour Squid Game, alors que je n’ai pas souvenir avoir regardé des programmes asiatiques et/ou particulièrement violents. Mais c’est la magie des big data. Et cela risque d’être une tendance qui va se maintenir : à chaque nouveauté qui fera un peu de buzz, l’effet d’entrainement que propose Netflix peut transformer un peu près tout en raz de marée, même si la qualité est discutable. 

Conclusion : laissez tomber squid game et précipitez vous sur Succession. 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK