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" Dans la théorie QAnon, l’idée de la guerre est très présente"

En octobre 2017, un mystérieux internaute, répondant au nom de Q commence à poster des messages cryptés sur la toile. Selon lui, le monde, plus particulièrement, les Etats-Unis, serait aux mains d’une organisation secrète dirigée par des hommes d’affaires et des dirigeants politiques, pédophiles, cannibales et essentiellement démocrates. Cette élite serait prête à tout pour garder le pouvoir et le seul ayant l’aptitude de la combattre serait Donald Trump. Derrière ce blogueur, des centaines de milliers de fidèles anonymes. Dans cet épisode de "Faut pas croire", Sophie Léonard a exploré les théories du mouvement QAnon.

 

QAnon, le méga complot

Jacinthe Mazzocchetti est sociologue, et selon elle, une des caractéristiques marquantes de ces théories est l’élite malveillante.

" QAnon fait partie des théories du "méga complot" elles ont en commun cette idée que le monde serait dirigé par une élite malveillante, qui rassemble les politiques, les pouvoir économiques.  Il y a aussi cette question de la malveillance, mais aussi de pouvoir surnaturels, d’avoir accès à des choses qui dépassent l’entendement, des formes de magie, des rapprochements avec le diable. QAnon s’inscrit dans les théories du méga complot, avec cette idée que cette élite malveillante, le nouvel ordre mondial, a le contrôle total et absolu du monde pour rendre encore plus puissant et plus riche cette petite élite au détriment du reste de la population, avec la particularité, qu’il a quand même un sauveur terrestre, incarné par Donald Trump."

 

Donald Trump, le sauveur terrestre

 

Durant son mandat, Donald Trump a surfé sur cette vague, ces paroles ont reflété et alimenté les théories des partisans Qanon. Très rapidement la théorie est devenue virale. Le mouvement est protéiforme et brasse large. On y retrouve des antisystèmes, des groupuscules d’extrême droite, des mères de famille, ou encore des étudiants. Ils sont de plus en plus nombreux à se montrer dans le monde, on a commencé à les voir au meeting de Donald Trump, on en a vu aussi chez nous, dans une manifestation anti-masques devant la Tour des Finances de Bruxelles.

Dernier gros événement en date c’était en janvier dernier, à Washington, ils sont passés à l’action, menés par un homme aux cornes de buffles, ils ont envahi le capitole, un passage à l’acte qui inquiète les observateurs du mouvement. Jacynthe Mazzochetti explique le danger de la radicalisation du mouvement.

"Chez nous les passages à l’acte sont très minoritaires, il peut y avoir certains débordements dans certaines manifestations, on voit que des groupes se radicalisent et se disent que la solution est la violence, et qu’il faut du coup passer par là. D’autant que dans la théorie QAnon, l’idée de la guerre est très présente, c’est proche de ce qui se joue au niveau des survivalistes, donc se préparer à la guerre : s’armer, avoir une cave pour survivre."

 

Quel avenir pour les partisans QAnon ?

Des profondeurs du web au capitole, QAnon et son cortège de fantasme ont su attirer l’attention, mais jusqu’ici la grande tempête que le mouvement est censé incarner à surtout occasionner l’isolement de certains partisans comme en témoignent d’anciens croyants. Entre théorie du complot et dérive sectaire il n’y a parfois qu’un pas. Le Donald Trump n’est plus à la tête des Etats-Unis, alors on s’interroge sur l’évolution du mouvement qui a fait des petits dans le monde entier. Et que vont devenir tous ces partisans ?

"Le fait que Trump n’ait pas été réélu nous plonge une grande incertitude, ça met aussi le doit sur quelque chose, c’est que vont devenir tous ces gens ? Qui ne va pas récupérer ces angoisses et ces incertitudes ? Et on sait que même si chez nous il n’y a pas une adéquation entre ce type de complotisme, et racisme et populisme, ce n’est pas forcément, notamment dans les mouvements de développement personnel des gens très ouverts qui se mettent à relayer des postes où il y a des gens derrière beaucoup plus extrémistes. Que vont devenir ces gens ? Là il y a quelque chose, il ne faut pas les stigmatiser, les prendre des idiots, mais comment on essaye de les entendre pour qu’ils évitent d’aller trouver des réponses dans les discours d’extrême droite ?
 

Alors que réserve l’avenir pour le mouvement QAnon, une question qui reste sans réponse pour le moment. Après la défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle, de nombreux partisans sont déboussolés cherchant une autre vérité. D’autres continuent de croire que les bulletins seront recomptés pour retrouver le saveur et poursuivent leur combat contre ce qu’ils appellent le nouvel ordre mondial.

 

 

 

 

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