Matin Première

D'où viennent les fêtes nationales ?

Juillet c’est le mois des vacances mais aussi des fêtes nationales. 21 juillet, 14 juillet, 11 juillet, 4 juillet, que fête-t-on exactement et pourquoi ? 

 

 

Les fêtes nationales ne naissent pas d’un coup

 

Et d’emblée cet étonnant constat : la date choisie peut être celle d’une bataille, d’une déclaration, d’une révolution ou même d’un serment constitutionnel…La bataille, c’est celle des éperons d’or en 1302, fête officielle en Flandre ; la déclaration, c’est celle de l’indépendance des Etats-Unis le 4 juillet 1776 ;  la révolution c’est celle que déclenche, même si on le sait pas encore, la Révolution française et le serment constitutionnel, c’est celui que le premier roi des Belges prononce le 21 juillet 1831 : "je jure obéissance à la constitution et aux lois du peuple belge".

Il y a par ailleurs un point commun entre toutes ces dates de fête nationale : elles ont été instituées en tant que jour férié bien plus tard que l’événement qu’elles commémorent. Les fêtes nationales ne naissent pas d’un coup.

 

La fête nationale belge du 21 juillet n’a pas été instaurée en 1831

 

Oui et non : non, pas le 21 juillet mais dès 1832 se tiendra à Bruxelles une fête nationale le 27 septembre, une date choisie récemment comme fête officielle de la fédération Wallonie-Bruxelles. Que célèbre-t-on ce jour-là ? Le jour où les révolutionnaires belges chassent l’armée hollandaise. Ces journées de septembre sont commémorées durant tout le 19e siècle mais en 1890, après quelques hésitations, le parlement belge fixe dans une loi la fête nationale au 21 juillet, date où Léopold 1er est devenu Roi des belges en prêtant serment. C’est moins exaltant que les glorieuses journées de septembre mais cela a l’avantage de ne pas froisser nos voisins néerlandais avec qui les liens se sont resserrés. Et oui les Belges encore et toujours à la recherche du compromis, on ne se refait pas…

 

Le compromis, pas vraiment l’esprit de la bataille des Eperons d’or, l’événement référence pour la communauté flamande

 

11 juillet 1302, le Roi de France Philippe le Bel décide de punir ces milices flamandes en révolte contre son autorité. A Courtrai, les chevaliers français pensent ne faire qu’une bouchée de cette piétaille venue de Flandre mais aussi de Zélande et de Namur. Trop impétueux, ils chargent mais leurs chevaux s’embourbent : c’est un massacre. Le prestige du Roi de France en prend un coup, les chroniqueurs de l’époque, pour justifier la défaite, vont présenter les vainqueurs flamands comme des combattants déloyaux qui ont gagné par traitrise. 2 ans plus tard, Philippe le Bel prend sa revanche sur la Flandre, raison pour laquelle les éperons d’or tombent dans l’oubli jusqu’à…1830. La Belgique indépdendante est en quête de symboles nationaux et cette bataille paraît en être une. Sauf que le mouvement flamand naissant qui s’insurge contre le fait que le français est la seule langue officielle du nouvel Etat belge va faire de la bataille des éperons d’or le symbole de l’autonomie du peuple flamand. Face au Roi de France mais aussi, avec le temps, face à l’Etat belge. La bataille est commémorée par les milieux flamands dès le 19e siècle mais il faudra attendre 1973 pour que le 11 juillet devienne en Flandre une fête officielle et un jour férié. Malheureusement pour les écoliers flamands, ils sont déjà en vacances…Tout comme les petits français le sont aussi le 14 juillet.

 

Depuis quand est-il un jour férié ensemble ?

 

Depuis qu’il est devenu un symbole républicain.  La prise de la Bastille par les révolutionnaires de 1789 devient près d’un siècle plus tard synonyme de fin du despotisme, d’éveil de la liberté pour la jeune république française en 1880. Lors du vote de la loi, Victor Hugo fera de la chute de la bastille l’éveil de la liberté, la fin de tous les esclavages, la fête de toutes les nations. Rien que ça ! Le 14 juillet 1789 Louis XVI avait pourtant écrit dans son carnet qu’il ne s’était rien passé. Preuve qu’il faut souvent du temps pour sentir le souffle de l’histoire et la portée des événements.

 

Le 4 juillet est aux Etats-Unis l’Independance day depuis 1776

 

Dernier exemple d’une fête nationale en juillet qui remonte ici au 18e siècle, ce jour-là les treize colonies britanniques qui vont du Massachussets à la Géorgie déclarent leur indépendance de la Couronne britannique. Cela va déclencher une guerre au cours de laquelle les insurgés pourront compter sur le renfort de la France, trop contente de se venger des Anglais qui leur ont pris le Québec quinze ans plus tôt. Mais ce 4 juillet 1776, l’Amérique entre dans l’histoire par le texte de cette déclaration d’indépendance. Prenant à témoin le monde des injustices que leur infligent la Grande-Bretagne, les insurgés écrivent ceci : " tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de droits inaléniables, parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. On n’est pas loin de la Liberté, Egalité, Fraternité, ni de la déclaration universelle des droits de l’homme. Le 4 juillet est fêté aux Etats-Unis depuis la fin du 18e siècle mais pour que cela devienne un jour férié légal rémunéré, il faudra attendre 1941. Donner un caractère officiel à la défense de la Liberté au moment où l’Europe est sous le joug nazi n’est évidemment pas un hasard.

Conclusion, les fêtes nationales ont une fonction : donner aux citoyens d’un pays le sentiment d’un destin commun, créer un ciment national et pour cela il faut un mythe, quel qu’il soit. Avec le temps, le souvenir de l’événement s’estompe ainsi que sa signification pour conserver plutôt le plaisir de la fête. Si les Diables rouges devaient un jour gagner la coupe du monde, il n’est pas impossible que cette date-là devienne une sorte de seconde fête nationale.  

 

 

 

 

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