Matin Première

Coronavirus : Y a-t-il un patient zéro ?

Non, le patient zéro n’est pas une personne recherchée activement par les experts dans le but de désigner un coupable idéal. Ce fantasme culpabilisateur, véhiculé notamment par le film "Contagion" téléchargé en masse depuis le début de la pandémie, déforme une réalité souvent bien plus complexe que cela. Françoise Baré a ainsi décrypté cette nébuleuse notion de patient zéro, trop souvent considéré comme le bouc émissaire à pointer d’un doigt moralisateur par toute une population.

Contact tracing

Le concept de patient zéro, ou cas index, désigne la première personne contaminée par un agent pathogène au cœur d’une épidémie. La recherche de ce malade originel permettrait de retracer ensuite son parcours, son emploi du temps, ses déplacements et ses rencontres. Comment se sentent les gens qu’il a fréquentés ? Quels sont les symptômes qu’ils ont développés ? Cette technique, appelée le contact tracing, est utilisée pour remonter à la source animale contaminante. L’objectif de la démarche scientifique n’est donc pas d’identifier un véritable ennemi commun, contrairement à la perception généralement admise de l’opinion publique. Le cas le plus emblématique de bouc émissaire est celui de Gaëtan Dugas dans les années 80. Pendant des décennies, ce steward canadien a été soupçonné d’avoir répandu le virus du sida aux États-Unis, victime de la rumeur réductrice et des conclusions hâtives entretenues par une recherche tâtonnante. Finalement, la science a démontré qu’il s’agissait d’une erreur et que la propagation était bien antérieure à Gaëtan Dugas.

Les liens de parenté du Covid

Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, il est difficile de retracer précisément l’origine d’un virus. Dans le cas du Coronavirus, l’épidémie s’est transformée en pandémie, les autorités chinoises ont brouillé les pistes dès le début malgré les lanceurs d’alerte, la piste du patient zéro en Chine est donc pratiquement impossible à suivre. Il s’agit peut-être d’une marchande de fruits de mer de 57 ans à Wuhan, ou d’un homme originaire de la même région ayant contracté une pneumonie en novembre. Au moyen de l’épidémiologie moléculaire, les chercheurs construisent des arbres phylogénétiques, sortes d’arbres généalogiques d’un genre particulier qui tissent les liens de parenté des espèces vivantes en remontant vers leur ancêtre biologique commun. Dès lors, leur but est de décrypter le génome du Covid-19 en fonction de ses voyages dans les différents corps humains autour du monde.

Un virus globe-trotter

En Belgique, des scientifiques de la KUL et de l’ULB tractent actuellement 250 séquences provenant de malades testés positifs au Coronavirus. Même s’il reste de nombreux secrets à découvrir sur le sujet, ces experts s’accordent à dire qu’il n’existe pas un seul patient zéro dans notre pays, mais plusieurs. Le virus s’est introduit massivement après les vacances de Carnaval, venant de Chine, d’Italie, de France, des Pays-Bas ou encore du Canada. Les analyses se poursuivent après fermeture des frontières pour affiner le propos et permettre de modéliser le parcours du Covid-19, véritable globe-trotter. 

Gare aux relents nauséabonds

Pour conclure, il est important de souligner que le patient zéro ne représente pas un vilain malade clairement identifié qui répandrait le virus un peu partout. Un malade chinois, africain, juif ou homosexuel, par exemple, avec un relent nauséabond que l’Histoire a trop souvent enregistré. La notion de patient zéro, ce sont des mécanismes, des structures, des conditions, des trajets, bref, une recherche scientifique dans son ensemble et non pas la reconnaissance de l’ennemi public numéro un.

(Ré)écoutez la capsule anti fake news de Françoise Baré

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK