Matin Première

Coronavirus : vos données personnelles sont-elles menacées ?

Les données personnelles à l'épreuve du Covid-19
Les données personnelles à l'épreuve du Covid-19 - © blogtrepreneur.com/tech

Chaque jour, "Et vous dans tout ça" répond aux questions que vous vous posez durant ces semaines bouleversées. Aujourd’hui, Marie Van Cutsem et Gilles Quoistiaux, journaliste chez Trends Tendance et spécialiste des nouvelles technologies, se penchent sur la question du respect des données personnelles.

En cette période certaines applications connaissent des pics d’utilisation, c’est le cas de celles qui permettent de se réunir malgré la distanciation sociale. Apéro entre amis, moment en famille ou réunion avec des collègues, les raisons sont nombreuses pour s’installer devant son ordinateur, ouvrir une application de vidéoconférence et soudain, être un peu moins seul chez soi. Ces applications permettent un maintien du lien social mais elles posent aussi de nombreuses questions de protection des données personnelles.

« Un peu moins seul chez soi », mais à quel point ?

A l’heure où ces plateformes connaissent des jours florissants, la priorité des utilisateurs – dont certains peu aguerris face à la technologie – n’est souvent pas de se méfier des applications qu’ils utilisent. Zoom, une application chinoise de vidéoconférence est passée de 10.000.000 d’utilisateurs en décembre à 200.000.000 aujourd’hui, un énorme succès. Gilles Quoistiaux explique : "Il faut savoir que ces applis collectent nos données personnelles. Vous savez que vous devez vous enregistrer donc vous donnez par exemple votre adresse e-mail. Mais ces applications collectent aussi vos conversations vidéos donc elles ont une trace notamment, de votre visage. Et des associations spécialisées dans le hacking ont décelé de grosses failles de sécurité chez Zoom : certaines données ont fuité en ligne". Face à la tempête médiatique provoquée par la nouvelle, Zoom sollicite les conseils d’Alex Stamos, ancien responsable de la sécurité de Facebook. Stamos avait quitté l’entreprise en 2018 à la suite de désaccords avec d’autres cadres haut placés.

En dehors de ces failles de sécurité, il est bon de savoir que Zoom transmet les données personnelles de ses utilisateurs à Facebook sans demander leur consentement, et ce même si vous n’êtes pas utilisateur du réseau social.

Les données personnelles, moyen de lutter contre la pandémie ?

Les données personnelles sont aussi utilisées dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 : Google a ainsi publié récemment des données de géolocalisation très précises concernant les déplacements dans le monde. En Belgique, on peut constater une diminution de 84% des déplacements vers des bars, cinémas ou restaurants, de 52% vers le lieu de travail et de 53% vers les pharmacies. Nos habitudes, la nature de nos déplacements et les lieux où nous nous rendons sont identifiés très précisément. Ces données sont bien sûr collectées par Google Maps et si les informations répertoriées sont pertinentes c’est parce que Google représente 90% du marché des smartphones via son système d’exploitation Android. On notera que ces données publiées ne sont pas individualisées, mais cela ne les rend pas pour autant inoffensives.  

Du côté des télécoms, les opérateurs belges fournissent les données de géolocalisation de leurs clients à une task force mise en place par le gouvernement. La plateforme "Data against Corona" répertorie les données de déplacements de toute personne en possession d’un téléphone portable. Les antennes auxquelles se relient les téléphones renseignent sur la localisation approximative de l’utilisateur. L’autorité de protection des données a été associée à la réflexion pour éviter les problèmes en matière de respect de la vie privée. Ces données n’ont pas pour but de contrôler les déplacements individuels mais permettent d’estimer le respect du confinement d’une commune à une autre. Les résultats sont positifs : 80% des Belges ne quittent pas le territoire de leur commune.

Dans un second temps, ces informations seront utilisées pour analyser le phénomène de la dissémination du virus afin d’apprendre où se situent les foyers d’infection et comment le virus se propage.

Un cran plus loin, le tracking

Certains plaident pour des applications de tracking qui suivraient les déplacements de façon individualisée. De telles applications ont été mises en place et utilisées dans différents pays. En Chine, l’utilisation d’Alipay Health Code, développée par l’entreprise Alibaba, est obligatoire et très invasive pour la vie privée. La Corée du Sud, de son côté, a réussi à éviter le confinement généralisé en combinant dépistage massif et dispositif de suivi des personnes infectées par le virus. Les personnes ayant croisé une personne contaminée sont prévenues et peuvent accéder au parcours complet de la personne malade mais aussi savoir si elle portait un masque, son âge et son sexe.

Taïwan utilise une application plus "douce" qui enregistre via Bluetooth chaque personne croisée, directement dans le téléphone. Si un utilisateur de l’appli est diagnostiqué ou ressent des symptômes de la maladie, il peut le signaler et toutes les personnes croisées les jours précédents sont alors prévenues. C’est sur un modèle de ce type, basé sur la participation volontaire, que semble travailler la France. L’appli en cours de développement a été baptisée "StopCovid". Elle utiliserait les données d’interactions via Bluetooth sans faire appel à la géolocalisation et garantirait une anonymisation des données.

Malgré ces précautions diverses, avoir sur son téléphone une application contrôlée par l’état pose de nombreuses questions tant éthiques que pratiques : comment encadrer et sécuriser le recueil et le stockage de ces données, combien de temps sera-t-elle utilisée, qu’adviendra-t-il de l’application une fois la pandémie sous contrôle, etc. Comme on peut l’imaginer, les avis sont très partagés sur la question et beaucoup s’opposent fermement à l’utilisation de telles applications.

Chez nous, Emmanuel André, porte-parole interfédéral Covid-19, précisait lors du point presse de mardi "Plusieurs applications sont développées et étudiées en Belgique et ailleurs dans le cadre de la stratégie de sortie". Pas plus de détails pour le moment concernant une version belge d’une application de tracking.

Une chose est sûre, ces applications fonctionnent sur base volontaire et leur utilité dépendra entièrement de la volonté de la population à les utiliser et donc, indirectement, de la confiance que nous serons prêts à leur accorder.