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Coronavirus: retour aux mentalités du Moyen Age?

Il y a quelques mois encore, la Chine incarnait une certaine forme de modernité, à un niveau dont les adeptes européens du scientisme et du culte du progrès propres au 19ème siècle n’auraient pu rêver : un projet de société parfaitement rationalisé, élaboré par des autorités extra-lucides suivant les principes scientifiques et ayant pour objectif l’élimination des frictions sociales et autres archaïsmes supposés.

L'analyse de Josef Schovanec

À ceci près que tout cela, c’était avant. Avant le virus. On parle constamment des conséquences médicales du virus, du nombre de victimes, etc. On oublie généralement ce qui pourrait bien s’avérer la principale conséquence de l’épidémie : un brutal retour à des schémas mentaux que l’on pourrait comparer à ceux du haut Moyen Âge.

En somme, aujourd’hui, la Chine n’est plus le pays vibrant et vivant que l’on a connu. L’immense État a basculé, est devenu une juxtaposition de quartiers coupés du monde et coupés les uns des autres, où les gens vivent calfeutrés chez eux dans la terreur. Certes, la terreur d’attraper la maladie est, d’une certaine façon, logique ; cependant, le véritable objet de la terreur pourrait être la figure de l’étranger dangereux, vecteur de tous les maux. Pire encore : non pas uniquement un étranger au sens de personne venant de l’autre côté du monde, mais en tant que personne étrangère au petit groupe du pâté de maisons.

On sort peu, on se déplace encore moins, les grands trajets sont à peu près impensables, le danger rôde partout et les rumeurs apocalyptiques abondent. Le plus surprenant pourrait être la rapidité du basculement à ce schéma mental et culturel atavique.

Quand on y songe, l’être humain dit moderne, quand bien même il aurait les appareils technologiques les plus sophistiqués et se sentirait à la pointe avancée du progrès, pourrait bien avoir gardé, au plus profond de lui, la même nature que dans les siècles révolus, une nature que le contact avec l’inconnu, avec la différence radicale, éveillerait subitement.

À mon avis, on constate quelque chose de similaire dans les réactions à Greta Thunberg, d’éminents et fort courtois commentateurs ayant soudain recours au registre atavique, évoquant par exemple de supposées " lueurs diaboliques " dans le regard de la jeune Suédoise.

En vérité, bâtir une modernité non pas technologique, mais une modernité humaine pourrait être le grand défi de notre siècle. Et pour cela, la confrontation, dès l’âge scolaire, avec la différence, avec le handicap, pourrait être l’une des pédagogies les plus efficaces.

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