Matin Première

Confinement : la gestion humaine négligée dans les prisons

Confinement : la gestion humaine négligée dans les prisons
Confinement : la gestion humaine négligée dans les prisons - © Matthew Ansley - Unsplash

Dans les prisons, un confinement strict a été mis en place, mais les détenus déplorent une situation critique. Certains se demandent quand les visites familiales pourront reprendre. D’autres sont malades, sans avoir la possibilité de consulter un médecin, et ont peur de contaminer leurs congénères. Tous dénoncent le manque d’informations transmises et les nombreuses incertitudes. Nicolas Cohen, avocat et membre de la section belge de l’Observatoire des Prisons, fait le point sur les circonstances carcérales actuelles.

Une grande détresse

Les chiffres des contaminations et des hospitalisations sont assez faibles dans les prisons belges : 14 détenus et 61 membres du personnel testés positivement, 50 prisonniers en isolement médical, comme l’annonçait le gouvernement. L’épidémie semble donc plutôt bien maîtrisée en termes comptables. C’est néanmoins la gestion humaine de cette crise sanitaire qui est remise en cause et les détenus en paient le lourd tribut : de jour en jour, ils ne savent pas à quoi ils seront exposés, comment évoluera la situation, ce qu’ils pourront faire ou non, et cela provoque inquiétude, détresse et souffrance. Contrairement au reste de la population confinée, ils sont totalement dépendants de ce que les instances supérieures voudront bien leur communiquer. De plus, derrière ces faibles chiffres de contaminations a priori réjouissants, se cachent les réalités de l’institution carcérale qui ne serait tout simplement pas en mesure de contenir une épidémie tant l’état de délabrement des prisons est avancé.

Des différences de traitement

La détention associée au confinement s’avère compliquée, d’autant que le quotidien des détenus est extrêmement variable d’un établissement à l’autre. Tous ne sont pas logés à la même enseigne et certains évoluent dans des conditions plus draconiennes. À la prison de Forest, par exemple, les prisonniers de plusieurs ailes passent leurs journées dans des cellules sans toilette. À côté de cela, l’accès gratuit à la télévision a été accordé dans quelques centres pénitentiaires. Cette diversité de traitements n’est autre que le fruit de la déliquescence des prisons belges et engendre une souffrance supplémentaire. L’État fédéral a déserté son rôle et son obligation d’assurer aux personnes un mode de vie digne ainsi qu’une préparation à la réinsertion, en déléguant ce travail aux associations, psychologues et assistants sociaux. Ceux-ci tentent de maintenir un lien avec les prisonniers et mettent en place des numéros verts pour recueillir leurs témoignages.

Améliorer les conditions de vie

Pour imaginer la reprise des visites, il faudra que chaque établissement pénitentiaire prenne ses responsabilités en tenant compte des questions d’hygiène et de sécurité. À l’heure actuelle, le plus important est de communiquer suffisamment et régulièrement aux détenus. La gestion de ce confinement en milieu carcéral est écrasante, et, tandis que la société libre est associée aux différentes mesures prises par le gouvernement, les détenus sont enfermés sans être informés. D’un côté, les autorités conseillent à la population d’utiliser Internet pour conserver des liens sociaux et une fenêtre ouverte sur le monde, de l’autre, certains prisonniers qui se font surprendre avec un téléphone portable pour appeler leur famille moins cher sont durement punis.

Il existe un service d’aide au justiciable pour les détenus et plusieurs lignes téléphoniques ont été ouvertes par le Centre d’Action Laïque du Brabant-Wallon, pour les prisons d’Ittre et de Nivelles : 0800/82.089, ainsi que pour celle de Jamioulx : 0800/20.075.

(Ré)écoutez la séquence "Et vous dans tout ça ?" de Marie Van Cutsem