Matin Première

Confinement : quel est l'état d'épuisement des familles ?

Confinement : quel est l’état d’épuisement des familles ?
2 images
Confinement : quel est l’état d’épuisement des familles ? - © Unsplash

Après de longues semaines de confinement, bon nombre de parents sont épuisés, à bout, n’en peuvent plus. Certains font face à des situations encore plus difficiles, dans les familles monoparentales ou avec un enfant porteur d’un handicap, par exemple. C’est en tout cas ce qu’a constaté Moïra Mikoljczak, psychologue et professeure à l’UCLouvain, qui a participé à l’ouverture d’une ligne d’écoute téléphonique, SOS Parents, le 23 mars dernier. Alors, qu’en est-il de la santé mentale des familles ?

La détresse de certains parents

Je vous écris ces lignes, réfugiée dans ma salle de bain […]. Ce qui m’interpelle, c’est que nos deux solitudes, l’acuité et la lourdeur du marathon monoparental confiné est passé sous silence. Tout autour, se déploient dans les médias sociaux deux extrêmes auxquelles mon fils et moi n’appartenons pas : nous ne sommes pas de ceux qui, tout sourire, optimalisent le confinement. Entre les murs de notre appartement, point de bricolages astucieux, point de recettes joyeusement concoctées par des petites mains pleines de farine, pas de séances de méditation familiale… Non. Ici, ça regarde Netflix pendant que ça travaille à temps plein. Ça monte dans les tours puis ça se pardonne dans les larmes. Ça s’essouffle, ça s’étouffe et de plus en plus souvent ça craque, ça crie, ça hurle, ça claque des portes, ça pleure beaucoup.

Ce témoignage poignant, c’est celui d’une maman qui habite seule avec son fils de 4 ans. Bien d’autres parents vivent le même face-à-face permanent et oppressant entre quatre murs, en témoignent les nombreux appels à la ligne SOS Parents, lancée il y a un mois et demi. Ces appels téléphoniques sont en effet plus lourds, plus longs, les parents craquent, se disent épuisés et fondent en larmes. Cet état de détérioration était attendu, du moins au début, mais beaucoup espéraient trouver progressivement un rythme de croisière avec les enfants. Force est de constater qu’au contraire, le stress chronique augmentant, la situation empire avec le temps. À l’heure actuelle, 73% des appels de la ligne téléphonique concernent des parents exténués qui demandent de l’aide. Avec une majorité écrasante et significative de mamans. S’occuper d’un enfant autiste ou porteur d’un handicap, gérer les comportements difficiles, jongler entre la demande d’attention permanente et le télétravail, devient tout simplement intenable.  

Les enfants souffrent aussi du confinement

En parallèle, les enfants commencent également à ressentir la pesanteur du confinement qui ne ressemble plus vraiment à des vacances puisque le travail scolaire est maintenu et que papa et maman sont moins disponibles. Les parents observent donc des changements de comportement chez leurs enfants, des agissements étranges qui les inquiètent : crises de colère intempestives, volonté de construire des murs, tendance soudaine à se frapper la tête… Ce sont autant de manières de communiquer et d’exprimer leurs difficultés à vivre cet enfermement. Il s’agit donc de rassurer les parents : leurs enfants ne sont pas en train de changer, mais de leur dire quelque chose. Ils souffrent aussi et le symbolisent autrement, par certaines bizarreries de comportement.

(Ré)écoutez la séquence "Et vous dans tout ça ?" d'Hélène Maquet