Matin Première

Confinement : gare à la délation !

Confinement : gare à la délation !
Confinement : gare à la délation ! - © Chris NGuyen - Unsplash

Sur les réseaux sociaux, fleurissent plusieurs étranges appels à dénoncer ses voisins, les fêtes anti-confinement, les jeunes qui roulent trop à vélo ou le couple faisant son jogging sans respecter les distances de sécurité avec les marcheurs. Le virus prolifère, la délation aussi. Françoise Baré revient sur cette tendance déclenchée par le climat anxiogène de la crise sanitaire.

Un acte civique

En sécurité derrière le rideau de la fenêtre de devant, certains citoyens guettent avec beaucoup de zèle les promeneurs qui ne respecteraient pas les consignes, prêts à donner un petit coup de téléphone à la police si nécessaire. Le geste de civisme est souvent mis en avant comme justification morale et déculpabilisante, alors que d’une certaine manière, il s’agit d’empiéter sur la sphère des libertés des autres. Le bourgmestre de Welkenraedt, par exemple, n’a pas hésité une seconde à publier un avis sur la page Facebook de la commune, en invitant les habitants à dénoncer à la police tous les rassemblements clandestins, au nom de la sauvegarde de la santé publique.

Malaise ou pas ?

Sur la page Facebook de la commune de Welkenraedt, les commentaires vont bon train, tantôt outrés, tantôt complaisants, preuve du malaise que provoque cet appel aux dénonciations. Le bourgmestre a précisé qu’il ne s’agissait pas de délation, mais d’une incitation à la responsabilité collective. Si certains se privent de liberté, il n’y a aucune raison qu’une minorité gâche l’effort de ces personnes. L’état d’urgence sanitaire se traduit par une surveillance abusive, comme s’il réveillait la tendance enfantine à rapporter les méfaits de ses petits camarades. En Nouvelle-Zélande, la police a même lancé un site Internet dédié aux dépôts des diverses dénonciations. Le succès a été immédiat avec 4200 signalements, si bien que le site a surchauffé sous la frénésie des citoyens engagés. La délation sur Internet est cependant beaucoup moins anonyme que la traditionnelle lettre d’un corbeau puisqu’il est possible de pister les utilisateurs. Cela prouve que les gens qui déposent un signalement ne sont pas si mal à l’aise vis-à-vis de leur geste.

Climat d’angoisse

Cet état exceptionnel de confinement réveille les peurs et suscite des angoisses. C’est donc le climat anxiogène qui explique en majorité cette frénésie de dénonciations, affirment les psychologues. Toutes les confusions sont dès lors possibles, les entorses à la loyauté, jusqu’à trouver normal de se rassurer en rapportant les faits et gestes des autres. En Belgique, il n’existe pas de site Internet ni de statistiques sur le sujet pour le moment, mais les magistrats et policiers signalent une multiplication des dénonciations.

 

(Ré)écoutez la capsule anti fake news de Françoise Baré