Matin Première

Comment mieux organiser le système d'aide alimentaire ?

Comment mieux organiser le système d’aide alimentaire ?
Comment mieux organiser le système d’aide alimentaire ? - © RTBF

En Belgique, des centaines de milliers de personnes recourent aux systèmes d’aide alimentaire pour survivre. Des gens qui parfois n’ont rien, ne parviennent pas à finir le mois, à payer leur loyer, leurs frais fixes, et qui se voient obligés de faire la file pendant des heures pour chercher pain, lait ou farine. Ces dernières semaines, en raison de la crise sanitaire et économique, cette file s’est considérablement allongée et diversifiée. Les distributions de nourriture font face à l’urgence et fonctionnent de plus en plus difficilement tandis que la demande explose. Céline Nieuwenhuys, Présidente de la Fédération des Services Sociaux et membre du groupe d’experts préparant le déconfinement, évoque la situation et les nouvelles problématiques des associations.

Crise sociale sans précédent

Sur les trottoirs de Schaerbeek, chaque mercredi et jeudi, la même image. Des dizaines de mètres de queue, des femmes, des hommes, dont certains attendent depuis 7h du matin alors que les portes de la distribution de nourriture de Saint-Vincent de Paul ne s’ouvriront qu’à 10h. Ils viennent chercher des colis de denrées indispensables à leur survie. Si pour beaucoup ces collectes représentent une nécessité depuis longtemps, aujourd’hui, la longueur des files d’attente a triplé et de nouvelles catégories de bénéficiaires font appel à l’aide alimentaire. Leurs profils ? Des personnes qui dépendaient de l’économie informelle et travaillaient au noir, d’autres pour lesquelles les revenus de chômage temporaire sont trop bas, les étudiants qui avaient besoin d’un job pour payer leur logement et nourriture, les freelances, les artistes, les familles monoparentales ne vivant pas avec un salaire décent, les pensionnés qui mangeaient tous les jours dans des restaurants sociaux actuellement fermés… Il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur de cette crise sociale majeure, mais l’explosion de la demande en matière d’aide alimentaire est éloquente et prouve que de plus en plus de citoyens ne sont plus en mesure de subvenir seuls à leurs besoins.

Une solution structurelle nécessaire

Les trottoirs bondés devant les centres de distribution de colis alimentaires posent en outre un problème sanitaire à l’heure actuelle. À Bruxelles, il est parfois difficile de respecter les distances de sécurité dans les rues avoisinantes et en Wallonie, nombreux sont ceux qui doivent prendre plusieurs bus ou demander à une voisine de les conduire en voiture à un service d’aide puisque les systèmes sont loin de couvrir l’ensemble du territoire. Dès lors, repenser l’organisation de ces dispositifs s’avère primordial. Les associations et acteurs concernés plaident pour des solutions structurelles comme la mise en place de chèques alimentaires à destination des bénéficiaires réguliers connus du CPAS. En parallèle, les distributions de colis doivent être maintenues pour toutes les personnes étrangères aux services sociaux qui ont besoin de cet appui de façon temporaire et transitoire. Cela permettrait de désengorger les files et de faciliter la logistique de ces associations qui pâtissent notamment du manque de bénévoles pouvant récolter les invendus de supermarchés. Voilà pourquoi les dons financiers sont aujourd’hui indispensables au bon fonctionnement des structures qui répondent à l’urgence, pour simplifier et rationnaliser la gestion des stocks tout en fournissant des denrées équilibrées.

La deuxième vague

Lorsque l’épidémie de Coronavirus sera totalement maîtrisée, une deuxième vague économique et sociale catastrophique est malheureusement à craindre. C’est pour cela que les acteurs et les politiques sont invités à mettre en place dès maintenant des solutions à long terme pour lutter contre la précarité. Parce que les mesures temporaires coûtent plus cher et parce que tout le monde s’accorde à dire que la crise risque de durer. Le Conseil National de Sécurité, très sollicité par les questions économiques et par les grands patrons, ne s’est pas encore réellement penché sur la problématique des personnes fragilisées. Il s’agira de la traiter avec l’ensemble des ministres compétents, ce qui rend la tâche d’autant plus ardue.

(Ré)écoutez la séquence "Et vous dans tout ça ?" d'Hélène Maquet