Matin Première

Comment la pandémie a bousculé le débat politique européen

Cela fait un an que le coronavirus a débarqué en Europe. Un an que nous vivons avec le covid19. Le sujet s’est imposé dans le débat politique européen. En un an il y a eu 14 sommets européens, dont 10 en visioconférence. 14 sommets où la crise du covid s’est invitée à pratiquement chaque réunion avec parfois...de gros moments de flottement.

 

De la cacophonie à la solidarité par écran interposé 

Il y a un an, la pandémie faisait ses premiers morts en Europe, c’était en Italie, pourtant le sujet n’avait même pas été abordé par les chefs d’Etat et de gouvernement qui se retrouvaient à Bruxelles au même moment. C’était avant tout un problème italien que les Européens ont cru pouvoir régler en se barricadant derrière leurs frontières. Comme quoi, l’esprit européen a beau infuser depuis 1957, il peut encore avoir quelques absences gênantes. Charles Michel, le président du Conseil en a rapidement pris conscience. Il a voulu corriger le tir. En organisant les premières visioconférences à 27. Au début, ça a donné de drôle d’images. Celles d’un président du Conseil un peu perdu derrière un mur d’écrans, celles aussi de frontières qui continuaient à se fermer.

Pire les masques ou les respirateurs étaient devenus des denrées rares que les Européens ne voulaient plus se partager entre eux.

Mais une fois que les 27 ont pris l’habitude de se parler par écran interposé, une fois qu’ils ont eux aussi pris conscience qu’on ne réglait pas tout seul, une pandémie mondiale, la petite flamme de l’esprit européen a recommencé à faire des étincelles. C’est une Europe unie qui s’est réparti les patients des hôpitaux italiens complètement débordés, c’est une Europe audacieuse qui s’est endettée en commun pour relancer l’économie des pays les plus touchés, c’est une Europe solidaire enfin qui négocie et qui passe commande de vaccins contre le covid19 pour tous les Européens.


Sur le terrain, une impression très brouillon


Les circonstances n’aident pas. Les couacs dans la production ralentissent la vaccination. L’apparition de variants du virus remet sans cesse en question nos certitudes. La pression monte et les Etats membres retrouvent vite leur vieux reflex du repli sur soi. La nécessité de mieux se coordonner a beau être devenu le leitmotiv de tous ces sommets européens, dans la pratique, il y a encore de gros trous dans la raquette.

Le plus flagrant concerne les restrictions de nos déplacements. Les 27 s’accordent pour préserver la liberté de circulation et prendre des mesures si nécessaires mais de façon proportionnée. Et paf dans la foulée l’Allemagne ferme ses frontières et la Belgique interdit les déplacements à l’étranger. La Commission a beau les rappeler à l’ordre, les Etats membres font la sourde oreille.

Ils prétendent être dans les clous et le sommet de ce jeudi n’y a rien changé.  C’est tout le problème de ces sommets virtuels, sans avancées concrètes, ils finissent par apparaitre aux yeux de l’opinion comme un arbre à palabre pixelisé.


Les visioconférences pour fédérer 


Et ça c’est l’effet positif des visioconférences. L’Europe est un gros navire dans la tempête avec 27 capitaines qui donnent le cap. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’équipage se parle régulièrement même si c’est à travers un écran de contrôle et qu’à force, chacun comprend mieux les particularités des autres dans la lutte contre la pandémie. Le problème, c’est que c’est encore insuffisant pour rassurer les passagers à bord, nous les citoyens européens. Encore trop peu pour donner le sentiment que tous ces dirigeants ont une vision commune et qu’ils vont nous sortir du gros temps, tous ensemble et sans voie d’eau dans la coque. 

Tout reste à faire, mais c’est encore possible. Si comme promis, 70% de la population adulte est vacciné d’ici la fin de l’été. Si dans le même temps les premiers euros du plan de relance européen commencent à tomber, alors l’Union aura réussi à faire oublier ses moments de flottement, ses discours sans empathie et elle aura convaincu les Européens que l'Europe qui protège c'est plus qu'un slogan de campagne, c'est une réalité.


 

L'oeil de l'Europe

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