Matin Première

Comment la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie ont donné le coup d’envoi de l’éclatement de l’URSS

Le 6 septembre 1991, ce qui s’appelait encore l’Union soviétique reconnaissait officiellement l’indépendance des trois républiques baltes : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Ce sont les trois seules anciennes républiques de l’Union soviétique qui sont aujourd’hui membres de l’Union européenne.

 

1989 : 2 millions de personnes réunies pour former une chaîne humaine

 

Le 6 septembre 1991 est un événement important car il marque le début de la dislocation de l’URSS qui à la fin de l’année 1991, le jour de Noël, avait cessé d’exister. Les prémices de la dislocation remontent à 1989, l’année où le mur de Berlin s’écroule. Cette année-là, une gigantesque chaîne humaine va unir les trois capitales baltes, de Tallinn en Estonie à Vilnius en Lituanie en passant par Riga en Lettonie, ce qui fait tout de même 687 kilomètres. Environ 2 millions de personnes réunies, soit le tiers de l’ensemble de la population, on peut parler d’une véritable démonstration de force face au pouvoir soviétique de Moscou.

 

1939 : Staline et Hitler se divisent les pays baltes et la Pologne

Ce rassemblement impressionnant est le début de la marche vers l’indépendance des pays baltes, il a eu lieu le 23 août 1989 et cette date n’était pas due au hasard. C’était le 50e anniversaire d’une date qui a marqué l’histoire en général et particulièrement les pays baltes : 50 ans plus tôt donc était signé le pacte Von Ribbentrop-Molotov c’est-à-dire le pacte de non-agression entre l’Allemagne de Hitler et l’Union soviétique de Staline. Ce qui n’était pas écrit publiquement dans ce pacte c’était l’accord de partage secret entre les deux tyrans : la plus grande partie de la Pologne pour l’Allemagne, la plus petite partie est pour Staline avec les pays baltes qui étaient alors des pays indépendants. Autrement dit, en formant cette gigantesque chaîne humaine le 23 août 1989, les Baltes rappellent qu’ils ont été victimes, avec la complicité de l’Allemagne nazie, de l’appétit de la Russie soviétique, qu’ils ont été autrefois des Etats indépendants et qu’ils veulent le devenir à nouveau.

 

Comment les pays baltes ont chanté leur soif de liberté

Cette période est connue en Estonie, Lettonie et Lituanie comme la révolution chantante. Les Baltes chantaient leur soif de liberté, pour s’encourager, s’enthousiasmer et conjurer leur peur de voir les chars soviétiques arriver comme ce fut le cas à Prague 20 ans plus tôt mais sur les rives de la Baltique, ces chars ne sont jamais venus. Chacun des trois pays baltes proclame son indépendance reconnue durant l’été 1989 par de nombreux pays européens, le 6 septembre cette triple sécession est actée par l’URSS qui va donc en quelques semaines se disloquer conne un château de cartes.

 

Les pays baltes ont donné le coup d’envoi de l’éclatement de l’URSS, à la surprise générale

 

Le monde avait vécu pendant près de 50 ans sous la domination des deux superpuissances américaine et soviétique alors oui voir disparaître l’URSS c’est surprenant même si quelques visionnaires avaient pointé ses faiblesses. La plus célèbre, c’est la française Hélène Carrère d’Encausse qui avait publié en 1978 l’Empire éclaté, "l’idéal soviétique est d’abolir les nations au profit d’un rêve égalitaire de tous les citoyens soviétiques. Le souci, c’est que cette prétendue égalité se heurte au fait que le peuple russe apparaît comme le grand frère des autres peuples de l’Union soviétique, qu’il est sur un piédestal par rapport aux autres et cela a tendance à renforcer le sentiment national de chacune des républiques soviétiques."

Les derniers mots du livre sont sans appel : comme l’empire auquel il a succédé, l’Etat soviétique semble incapable de sortie de l’impasse nationale ". Bien vu, une dizaine d’années plus tard, l’Union soviétique a été remplacée par 15 états indépendants qui correspondent aux 15 entités qui la composaient.

 

Le destin commun de l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie

Il convient de nuancer l’analyse d’Hélène Carrère car son analyse du futur des pays baltes est moins pertinente : elle écrit que ces nations-là sont en voie d’extinction physique et que chacune, Lituanie, Lettonie et Estonie s’enfermeraient dans leur particularisme et seraient incapables de développer une solidarité entre eux.

Pour le coup, c’est mal vu cette chaîne humaine entre Tallinn et Vilnius avec ensuite une diplomatie unie leur forgera un destin commun : ils ont été tous les trois indépendants en même temps et ils sont entrés tous les trois ensemble dans l’Union européenne. Les pays baltes ont plutôt bien réussi leur entrée dans l’Union européenne il y a 15 ans et au plan militaire ils peuvent compter sur la solidarité de l’OTAN avec notamment des F-16 belges qui y sont fréquemment en mission pour faire respecter leur espace aérien.

Aujourd’hui encore ces trois petits pays regardent avec inquiétude vers l’est où leur voisin russe est toujours vécu comme une menace…

 

 

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