Matin Première

Comment l’Europe rend la crise migratoire invisible

C’est une crise invisible qui passe complètement sous les écrans radars des Européens. On ne la voit plus, elle ne nous touche plus. La disparition en mer de 130 personnes la semaine dernière au large de la Libye n’émeut plus grand monde. Et pourtant selon l’Organisation internationale pour les migrations, ce sont plus de 680 migrants qui ont disparu en mer depuis le début de cette année. Un peu comme si 4 Airbus A320 s’étaient crashés en Méditerranée… Sauf qu’on n’en parle pas.


Le nombre de personnes qui viennent chercher refuge en Europe nettement moins élevée qu’en 2015


A l’époque, ce sont plus d’un million de personnes venus de la frontière turque qui avaient traversé la Mer Egée jusqu’en Grèce. Les images des files de réfugiés parcourant ensuite l’Europe à pied avaient fait le tour du monde.

Elles avaient aussi poussé l’Union à passer un accord avec la Turquie pour qu’elle garde ces migrants chez elle.
Mais depuis, d’autres routes migratoires se sont ouvertes. Plus dangereuses. Elles traversent la Méditerranée, de la Libye vers l’Italie ou une partie de l’Atlantique, du Maroc vers l’Espagne. L’année dernière ce sont ainsi plus de 23.000 migrants qui ont débarqué sur les côtes des Canaries sur des embarcations de fortune. C’est huit fois plus que l’année précédente. Et cette tendance à la hausse on la retrouve aussi pour l’Italie.


L’Europe n’a pas retenu la leçon de 2015 ?


L’Europe a surtout cherché à protéger ses frontières. Quitte à vouloir transformer des pays tiers comme la Libye, en garde-frontières de l’Union. Mais ça ne marche pas. Ce sont les garde-côtes libyens, formés, équipés par l’Union européenne qui ont refusé de venir en aide aux 130 migrants la semaine dernière parce que la mer était trop forte. Et à force de tracasseries administratives, les navires des ONG qui patrouillaient en Méditerranée pour secourir les naufragés sont aujourd’hui de moins en moins nombreux à prendre le large.

Il y a bien un nouveau pacte sur la migration et l’asile que la Commission a dégainé l’automne dernier. Il prévoit plus de solidarité entre les Etats membres. Sur le papier, ceux qui ne veulent pas accueillir de réfugiés prendront en charge le retour des personnes déboutées. Ou alors ils devront passer à la caisse pour financer la nouvelle politique migratoire européenne. Mais les discussions entre les 27 patinent. Et au final, la seule chose qui met tout le monde d’accord, c’est la volonté d’accélérer le renvoi des migrants vers leur pays d’origine, pas celle de développer une véritable politique d’asile commune.

 

Plus une priorité des dirigeants européens ?


Ce n’est pas la préoccupation du moment et il y a plusieurs raisons à cela :

D’abord, même si le nombre de traversées augmente, la situation est encore loin d’être aussi critique qu’il y a 6 ans.

Il y a aussi la crainte que d’avancer sur un terrain glissant avec des mouvements populistes ou nationalistes en embuscade, exemple en France, où l’on mélange déjà allégrement migration et terrorisme un an pile avant les élections présidentielles.

Enfin les dirigeants européens ont une autre crise sur les bras qui a tendance à éclipser toutes les autres : la lutte contre le covid.

Aujourd’hui les 27 ont le nez dans les courbes de vaccination, dans les taux d’occupation des hôpitaux et dans les plans de relance de leurs économies. Sans voir que cette crise sanitaire et économique touche aussi les pays les plus pauvres. Et qu’elle pourrait très vite booster le nombre de candidats migrants vers l’Europe et rendre alors très visible ce que personne aujourd’hui ne veut voir.
 

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