Matin Première

C’est dans les crises que l’Europe se renforce

Ces dernières semaines, je vous ai beaucoup parlé des ratés de l’Union dans sa politique migratoire, toujours sous le tapis alors que des hommes, des femmes, des enfants continuent de mourir en traversant la Méditerranée. Je me suis aussi un peu moqué de cette unité introuvable quand il s’agit de parler d’une seule voix face à la Chine ou la Russie. Et j’ai même aussi critiqué (un peu) le retour du nationalisme face au Covid ou encore les plantages de la Commission dans sa gestion des vaccins. Cela dit, je ne suis pas le seul. Le dernier sondage Eurobaromètre publié hier montre que la moitié des Européens n’est pas satisfait des mesures prises par l’Europe pour lutter contre la pandémie. Et pourtant, quand on arrive à surmonter ces bides de l’Europe que l’on prend un peu de recul, on se rend compte que cette pandémie a transformé l’Union européenne. Et plutôt en bien.

 

L’Europe se fait dans les crises

 

En somme, c’est une nouvelle confirmation que l’Europe se fera dans les crises et qu’elle sera la somme des solutions apportées à ces crises… Et oui, le covid malgré son cortège de morts, de chômeurs ou d’entreprises en difficulté, le covid aura finalement rajouté une bonne épaisseur de ciment dans la construction européenne. Avec une première couche faite de ce plan de relance de 800 milliards d’euros pour répondre ensemble à la catastrophe et réorienter les économies européennes vers la transition numérique et la transition écologique. Une seconde couche faite de la capacité d’emprunter à 27 pour financer ce plan. Cela veut dire que les Etats membres se portent garants de subsides ou de prêts accordés à d’autres Etats membres. Bien sûr avec la promesse que cette expérience de solidarité financière ne sera pas renouvelée, mais comme le disait cette semaine dans Le Monde, le Commissaire à l’économie, Paolo Gentiloni " En Europe, quand quelque chose fonctionne on y revient ! ".

 

La remise en question est donc possible


D’autant que le Covid a aussi montré que ce que l’on croyait inscrit dans le marbre de l’Union européenne pouvait aussi se corriger, comme avec la discipline budgétaire européenne.


Celles que les Etats membres s’étaient imposées pour éviter les déficits budgétaires excessifs. Le Covid les a mis sous cloche au moins jusqu’en 2023. Alors ce n’est pas open bar pour tout le monde, les Etats les plus endettés doivent tout doucement commencer à faire attention au niveau de leurs dépenses publiques…

Mais le temps de l’austérité budgétaire, mère de toutes les vertus, semble peu à peu s’éloigner.


Et porté par cet élan d’optimisme on pourrait en rajouter une couche avec le mécanisme de respect de l’état de droit que le plan de relance a réussi à introduire dans le versement de fonds européens. Quant aux grincheux qui diront que le covid a renforcé l’euroscepticisme, on pourra toujours les renvoyer à la conversion miraculeuse à l’Europe de la Ligue en Italie qui ne veut plus d’un Italxit. Pas plus que les Français du Rassemblement National ne veulent du Frexit.


Est-il solide ce nouvel étage de la construction européenne ?


Non, pas encore. C’est un gros chantier. Les couches de ciment sont encore fraîches et comme les différents contremaîtres de l’Europe ne sont pas tous d’accord sur le plan à suivre, ils pourraient défaire aussi vite ce qu’ils viennent de construire. Et ce ne sont pas des contritions, des prières ou des génuflexions qui pourront sauver le bâtiment mais bien son appropriation pleine et entière par les 450 millions de copropriétaires. Nous et ça tombe bien. Il y a une assemblée générale du syndic qui est en cours qui s’appelle la conférence sur l’avenir de l’Europe. Les citoyens européens sont appelés à dire ce qu’ils attendent de l’Union européenne. C’est l’occasion ou pas de couler dans le béton les dernières avancées de la construction.


 

Réécoutez l'oeil d'Olivier Hanrion dans Matin Première !

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK