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Boris Johnson, le nouveau Henry VIII ?

Un mariage a eu lieu ce weekend de l’autre côté de la Manche. Un mariage loin des caméras. Et pourtant le marié n’était autre que le Premier ministre britannique, Boris Johnson. Les noces étaient censées avoir lieu dans la discrétion la plus totale, avec des invitations envoyées à une poignée de personnes, en dernière minute. Mais au pays des tabloïds et des paparazzis, cette union ne pouvait pas passer totalement inaperçue.

 

Mariage catholique au pays de l'anglicanisme 


Le marié, c’est donc Boris Johnson. La mariée, Carrie Symonds, de 23 ans sa cadette. Ils se sont juré fidélité samedi dans la Cathédrale de Westminster. Au pays de l’anglicanisme, c’est plutôt inattendu. Beaucoup de Britanniques étaient aussi étonnés que vous, d’apprendre d’une part, que Boris Johnson avait épousé religieusement une catholique, mais surtout de découvrir que le Premier ministre lui-même était catholique, alors que qu’il se présente comme anglican.
Alors comment ça se fait ? En réalité, Boris Johnson a été baptisé dans la foi catholique à la naissance, mais il est devenu membre de l’Eglise anglicane à l’adolescence, durant ses années d’école à Eton. Mais il ne s’est jamais fait débaptiser et quand il a accédé au pouvoir, en 2019, il est même devenu le tout premier Premier ministre britannique baptisé catholique. Même s’il a soigneusement évité de le crier sur les toits.


 

Une situation étonnante dans un pays de plus en plus sécularisé comme le Royaume-Uni



On ne le dirait pas comme ça, mais la question de la religion continue de peser sur la vie politique britannique. Pour mieux comprendre, il faut remonter au 16e siècle.
En 1534. C’est l’année où Henry VIII, roi d’Angleterre, rompt avec la Papauté. Henry VIII veut divorcer. Le Pape ne veut pas. Et donc le roi claque la porte et fonde l’Eglise anglicane.
A partir de là, il ne fait pas bon être du côté du Pape. Les catholiques d’outre-Manche font l’objet de discriminations, sont privés de leurs droits civiques.Il faudra attendre quasiment trois siècles, jusqu’au au début du 19e siècle, pour qu’ils aient à nouveau accès aux plus hautes fonctions de l’Etat et soient éligibles au Parlement.
Aujourd’hui, le monarque britannique ne peut d’ailleurs toujours pas être catholique.
Et les préjugés anticatholiques sont encore bien présents.



Pour Boris Johnson, il valait mieux la jouer discret…



Si Boris Johnson n’a pas fait trop de publicité autour de son affiliation avec le catholicisme, c’est qu’elle aurait pu lui compliquer la tâche dans plusieurs dossiers.
Par exemple, au Royaume-Uni, c’est le Premier ministre qui conseille la reine pour nommer les responsables de l’Eglise anglicane. On imagine mal que cela soit fait par un Catholique.
C’est sans doute pour cela que Tony Blair, ancien premier ministre, qui lui s’est converti au catholicisme, ne l’a fait qu’après avoir quitté le 10 Downing Street.
Autre dossier : le Brexit. On sait par exemple, qu’en Irlande du Nord, les plus fervents défenseurs du Brexit étaient des protestants. A leurs yeux, un Boris Johnson catholique aurait pu sembler manquer de partialité.




Est-ce que la nouvelle de son mariage a été bien accueillie par les Britanniques ?

 

En réalité, ce mariage suscite pas mal de critiques. Pas en raison de l’affiliation catholique de Boris Johnson, mais parce que samedi, il s’est marié religieusement. Or, c’est que c’est la troisième fois que Boris Johnson se marie. Son premier mariage a été annulé. Son deuxième s’est terminé par un divorce. Donc, ça gronde dans les milieux catholiques qui se demandent comment Boris Johnson a eu l’autorisation de se marier à l’Eglise, alors que la loi catholique ne reconnaît pas le divorce.
Aurait-il obtenu de l’Eglise catholique une faveur que son ancêtre Henry VIII n’a pas obtenue ? 
Sans doute pas. Car en réalité, ses deux premiers mariages ont été célébrés sous la foi anglicane, donc du point de vue de Rome, ça ne compte pas vraiment.

 

Boris Johnson, le nouveau Henry VIII

N’empêche, la vie amoureuse tumultueuse de Boris Johnson, rappelle un peu celle d’Henry VIII. Une histoire de divorces et de religion.
D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que l’on présente Boris Johnson comme le nouvel Henry VIII. Notamment au niveau politique.
Selon certains, la réforme anglicane d’Henry VIII, c’était un peu le " Brexit originel " : une volonté de s’affranchir de la tutelle de Rome et du continent.
Sur ce point-là, on peut dire que les deux hommes sont arrivés à leurs fins. 
Au niveau sentimental, par contre, la comparaison s’arrête là, d’autant que Boris Johnson est encore loin derrière Henry VIII et ses 6 épouses.
 

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