Matin Première

Bientôt un mur entre la Biélorussie et la Lituanie ?

La Lituanie, et ses ses plages de sable blanc, ses itinéraires de camping : l’endroit parfait pour une escapade estivale !
C’est en tout cas comme ça que l’agence nationale du tourisme lituanien décrit le pays… Clairement une opération de séduction à l’attention des touristes. Puisque désormais, dit le communiqué : plus de quarantaine pour les voyageurs des pays orange ou vert !

 

Le tourisme représente une partie importante de l’économie de la Lituanie



Une opération de séduction, on l’imagine, parce que le tourisme représente une partie importante de l’économie de la Lituanie. Avant le COVID, le tourisme en Lituanie, c’était près de mille millions d’euros dépensés chaque année. Il faut donc, au plus vite, effacer les stigmates de la pandémie et relancer l’économie.
Mais derrière cette opération de communication, il y a peut-être une tentative de faire oublier une autre réalité, qui ternit en ce moment l’image d’Épinal de la Lituanie. Depuis plusieurs semaines en effet, le pays est confronté à un afflux de migrants. Des traversées illégales…
Il y en aurait eu plus de 1.500 depuis le début de l’année. A titre de comparaison, en 2000, on n’en avait répertorié que 81.
Une grande partie de ces migrants provient d’Afrique et du Moyen-Orient, en particulier d’Irak.

 

Comment les migrants arrivent-ils d’Irak jusqu’en Lituanie ?




Ils passent par la Biélorussie. Il faut savoir que la Lituanie partage avec la Biélorussie une frontière de près de 680 km.
Pour les distraits, rappelons que la Lituanie, c’est toujours l’Union européenne qui s’arrête à la Biélorussie.
Et donc, depuis quelques semaines, les autorités biélorusses, laissent entrer les migrants en Lituanie. Elles vont même jusqu’à organiser leur passage. Elles font venir des migrants sans visa, de Bagdad par exemple. Une fois qu’ils arrivent à l’aéroport de Minsk, elles leur accordent un visa.


" Il y a des agences de voyage et des vols directs qui opèrent entre Minsk et Bagdad par exemple… Et certaines agences de voyage attirent les " touristes " vers Minsk ! Et nous avons intercepté des personnes qui ont reçu des visas et des invitations de la part de tour-opérateurs biélorusses à leur arrivée dans notre pays. " explique la première ministre lituanienne, Ingrida Simonyte.


Et cela va même plus loin, puisqu’il semble que les autorités biélorusses logent des migrants dans des hôtels appartenant à l’Etat et puis les conduisent en minibus, à la frontière… qu’ils n’ont plus qu’à franchir.



Des demandeurs d’asile utilisés comme arme politique



On se trouve ici clairement face à un chantage aux migrants. Une instrumentalisation des demandeurs d’asile, qui sont utilisés comme une arme politique.
Pour comprendre, il faut replacer les choses dans leur contexte. La Biélorussie, c’est ce pays dirigé d’une main de fer par le président Alexandre Loukachenko au pouvoir depuis 1994, depuis 27 ans donc. Mais sa dernière réélection il y a un an a été très chahutée. Accusé de tricherie par l’opposition, il a dû faire face à des manifestations inédites dans le pays.

La cheffe de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, affirme que c’est elle qui a remporté cette élection. Mais sous le coup de menaces, elle a fini par se réfugier dans le pays voisin : la Lituanie.

 

La Lituanie, lieu stratégique de l’opposition russe


La Lituanie a d’ailleurs délivré de nombreux autres visas à des dissidents et est donc devenue un lieu stratégique pour l’opposition biélorusse. Ce qui, on l’a compris, attise les tensions entre les deux pays.

Ces tensions ont connu leur apogée, il y a quelques semaines, après le déroutage d’un avion à bord duquel se trouvait, rappelez-vous, l’opposant Roman Protassevitch, arrêté ensuite à l’aéroport de Minsk.
Suite à cette arrestation, l’Union européenne n’est pas restée passive. Fin juin, elle a adopté une série de sanctions économiques contre la Biélorussie.


Alexandre Loukachenko a promis de se venger. Et c’est donc ce qu’il fait en envoyant les migrants en Lituanie.



Comment réagissent la Lituanie et l’Union européenne ?
 

La Lituanie a commencé à déployer des barbelés à la frontière. A terme, il est question d’ériger une vraie clôture d’environ 550 kilomètres.
L’Europe elle, vient d’envoyer des agents et des véhicules de l’agence Frontex, pour patrouiller le long de la frontière.
Jusqu’à présent, la Lituanie n’a renvoyé aucun migrant dans son pays d’origine. Certains sont enfermés, mais beaucoup sont dans la nature. On sait que la plupart n’ont pas l’intention de rester dans le pays, et veulent notamment poursuivre jusqu’en Allemagne.
Et la Lituanie a déjà prévenu qu’elle pourrait simplement fermer les yeux, pressée qu’elle est d’accueillir les touristes et de relancer son économie post-Covid.
 

Réécoutez l’œil sur le monde d’Annick Cappelle dans Matin Première !

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK