Matin Première

Bart Aerts, journaliste de la VRT est condamné à 4 mois de prison

Retour une affaire dont on a énormément parlé il y a quelques années, celle de l’assassinat du châtelain de Wingene. Une affaire qui n’a pas fini de faire la une des journaux flamands puisqu’une nouvelle condamnation est intervenue cette semaine, celle du journaliste de la VRT, Bart Aerts. Une condamnation qui pose ni plus ni moins la question de la liberté de la presse.

Ce lundi le tribunal correctionnel de Bruges a condamné le journaliste de la VRT Bart Aerts à quatre mois de prison avec sursis, condamnation très lourde pour un journaliste qui a été jugé pour des faits commis dans l’exercice de sa profession.

La justice lui reproche d’avoir diffusé des enregistrements de conversations téléphoniques entre un magistrat brugeois et le père de la victime de cette affaire : Stijn Saelens, le châtelain de Wingene.

 

La fameuse affaire de l’assassinat du chatelain de Wingene

Les faits remontent à 2012. Au début de l’année, le corps sans vie de Stijn Saelens est retrouvé à proximité de son vaste château de Flandre Orientale. Il a été tué deux semaines plus tôt.

Les soupçons se dirigeront rapidement vers Pierre Serry, qui habite le chalet à côté duquel le corps du chatelain a été découvert. L’homme a assassiné Stijn Saelens à la demande du beau-père de la victime. André Gyselbrecht voulait se débarrasser de son gendre qu’il soupçonnait de vouloir emmener ses enfants en Australie. Par ailleurs, André Gyselbrecht accusait son beau-fils d’inceste.

"Je voulais protéger mes petits enfants" disait le commanditaire de l’assassinat pour sa défense. Cela n’a pas convaincu. André Gyselbrecht a été condamné à 27 ans de prison.

 

Qu’est ce qui lui vaut cette condamnation à quatre mois de prison ?

En 2016, l’émission de la VRT Terzake diffuse un reportage réalisé par Bart Aerts.

Selon ce journaliste, la famille de la victime, Stijn Saelens, aurait tenté d’influencer la justice dans cette affaire. Et il en veut pour preuve des enregistrements de conversations téléphoniques qui font partie du dossier. Une source lui a transmis ces enregistrements et leur contenu est diffusé dans le reportage de Bart Aerts.

On y entend très clairement, le père de Stijn Saelens prendre rendez vous avec un magistrat chargé de l’affaire ? Le magistrat lui dit "très bien, voyons-nous, faisons cela chez moi, autour d’un café ce sera plus agréable."

Pour le journaliste, il y a donc eu tentative d’influence du magistrat et la justice n’a pas utilisé tous les éléments en sa possession pour examiner cette thèse. Bart Aerts voulait dénoncer un entre soi dommageable pour la justice ? Une proximité entre la justice et certaines personnes aisées ou bien placées.

Mais le tribunal correctionnel en a décidé autrement

Le tribunal correctionnel n’a finalement pas retenu cette version des faits. En réalité les enregistrements, lui ont été fournis par le fils d’André Gyselbrecht, l’assassin de Stijn Saelens qui avait accès au dossier. C’est le fils qui l’admettra lui-même.

Le journaliste s’était lui soigneusement retranché derrière le secret des sources. Pour le tribunal correctionnel de Bruges, la diffusion des enregistrements n’était pas nécessaire pour le reportage de Bart Aerts. Selon la justice, le journaliste et le fils d’André Gyselbrecht ont donc abusé du droit à consulter le dossier d’instruction et ont nui à la réputation de la famille de la victime.

Une condamnation qui suscite de nombreuses réactions

A commencer par celle de la VRT, l’employeur de Bart Aerts. La VRT soutient son journaliste.

Le service public flamand se déclare préoccupé à la lecture de ce jugement. La VRT le soutiendra s’il désire faire appel de cette condamnation.

Hier, le rédacteur en chef du Morgen a rédigé un édito dénonçant une forme d’intimidation de la presse par la justice. Ce journaliste n’a fait que son travail écrit le quotidien. L’indépendance de la presse est en jeu selon cet édito. D’autres parlent de dangereux précédents, alors que le journaliste n’a fait qu’invoquer l’intérêt général, le soupçon d’un dysfonctionnement de justice pour diffuser les pièces du dossier qui étayaient son raisonnement. Pour Pol Deltour, le président de l’association des journalistes flamands, ce jugement risque de fragiliser le journalisme d’investigation surtout lorsqu’il se penche sur la justice.

Selon lui, si cela fait jurisprudence, les journalistes judiciaires peuvent ranger leur plume.

 

 

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