Matin Première

Ballerine un jour, ballerine toujours : la musique comme remède thérapeutique

A l’occasion de l’anniversaire du décès de Marta Cinta Gonzales, l’association espagnole "Musique pour l’éveil" a rendu publique une vidéo d’une ex-ballerine atteinte d’Alzheimer pour laquelle tout revient à l’écoute de la musique du Lac des Cygnes. La vidéo a fait le tour de la toile et se répand comme une traînée de poudre, des millions de vues, de partages et des articles dans tous les sens, en Europe, en Amérique latine, aux Etats-Unis.

 

 

La séquence est bouleversante. La dame est âgée, si coquette, coupe au carré, violette accrochée au chemisier de soie. Casque sur les oreilles. Le soignant de la maison de retraite lui tient la main, l’embrasse. La vieille dame est assise dans sa chaise roulante.

Regard lointain, mais là elle demande que l’on augmente le volume.

Le lac des cygnes de Tchaïkovski, célèbre musique du ballet connu de tous, de toutes les petites filles et garçons qui ont rêvé d’être petits rats de l’opéra et surtout danseuse étoile car cet extrait est un célèbre solo, le final.

Peu à peu ses bras s’éveillent, l’émotion s’empare d’un visage émacié, voilà même le port altier de la ballerine. Le solo de hautbois, les envolées de violons attrapent vos tripes, font bouillir le sang aux tempes, la gorge se noue, vous pleurez.

C’est tragiquement beau, désespérant envoûtant. Marta Cinta Gonzales est atteinte d’Alzheimer. Ballerine un jour ballerine toujours.

 

La musique comme remède thérapeutique

 

La vidéo a été enregistrée au printemps dernier dans une maison de retraite d’Alicante en Espagne. L’association " Musica Para espeter " " Musique pour l’éveil ".

Elle promeut l’utilisation de la musique comme approche thérapeutique dans le traitement des démences.

A l’occasion de l’anniversaire du décès de Marta Cinta Gonzales, il rende publique cette vidéo, elle se répand comme une traînée de poudre, des millions de vues, de partages et des articles dans tous les sens, en Europe, en Amérique latine, aux Etats-Unis.

Mais qu’est ce qui nous touche, qu’est-ce que cette vidéo nous dit.

Tout se comprend par le sensible, alors que Matra est prisonnière d’une maladie dégénérative des capacités cérébrales, alors qu’elle se perd, oublie le jour, ne reconnaît sans doute plus le visage de ses proches, confondant le fils avec le père, la fille avec sa propre mère, alors qu’elle est peut-être prostrée, ludique, déconnectée, la musique d’un ballet et elle sent ses mains se mouvoir mécaniquement sur ces sonorités enfouies dans sa mémoire primitive, la mémoire procédurale, un phénomène de motricité automatique.

 

Une madeleine de Proust

Tout nous parle, la beauté du geste chorégraphique appris, la symbiose entre la musique et les émotions d’une interprétation, d’un soir sur une scène, une madeleine de Proust de l’artiste, les gestes du Cygne, de la sensible Odette du ballet fait un pied de nez à la démence, à la décrépitude, à la vieillesse. La victoire du beau. Les gestes précis d’une ballerine clouée aujourd’hui dans une chaise roulante déjouent toutes nos angoisses face à la possible maladie d’Alzheimer qui pourrait aussi nous toucher.

 

Marta était-elle vraiment une danseuse étoile ?

La vidéo devenue virale précise que Marta Cinta Gonzales retrouve ses souvenirs de danseuse étoile, star dans les années 60, dans un ballet de New York. Oui, mais car il y a un mais on ne trouve pas de trace de ce ballet de New York, il existe bien le New York ballet mais les archives n’ont rien au sujet d’une Marta Cinta Gonzales, une sorte de diplôme circule, qui a bien l’air d’un beau document fait maison, un célèbre critique américain de Danse Alastair Macaulay, plume du New York Times mène l’enquête…

Pas d’éléments probants pour faire de Marta l’étoile du ballet dans ce rôle d’Odette dans le lac de Cygnes.

Dans la vidéo, les gestes de Marta sont entrecoupés d’un solo de ballerine qui renforce l’idée que c’est elle, mais ce n’est ni elle, ni le bon ballet, ni la bonne musique. Il s’agit de la mort du cygne, de Camille Saint Saëns dans le carnaval des animaux, dansé ici par Yuliana Lopatkina, ce n’est qu’une impression que d’imaginer que l’on retrouve Marta jeune dansant à l’époque de sa gloire.

 

Le ballet une pratique exigeante

Le lac des cygnes renvoie à l’exigence martiale de la pratique du ballet classique et romantique.

C’est aussi pour cela que cette vidéo, cette interprétation de Marta Gonzales précipite comme en chimie des tas d’images dans notre cerveau.

L’exigence de la barre, les coups de bâton du professeur, les pieds malmenés dans des pointes, la rigueur musculaire d’une vie.

C’est un des ballets les plus exigeants pour les ballerines pas étonnant que cette mémoire du corps. Cette mémoire est forte. La danse connaît cela.


Tchaïkovski et Marta, Marta et Tchaïkovski le geste, la mémoire du geste et d’une vie suffisent très largement à mettre du beau au cœur.

La mémoire d’une vie qui revient grâce à l’art et c’est la chose la plus importante la plus essentielle.

 

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