Matin Première

Après Merkel, qui pour sauver l’Europe ?

Ce week-end les Allemands se choisissent un nouveau ou une nouvelle chancelière. Des élections à l’issue très incertaine. Finalement, la seule certitude, c’est que Angela Merkel ne sera bientôt plus à la tête de l’Allemagne et que forcément elle ne siégera plus au Conseil européen. Un départ qui laissera un grand vide autour de la table du Conseil, tant la chancelière allemande s’était imposée comme une sauveuse de la construction européenne.

 

Angela Merkel, la licorne de l’Europe

Les sauveurs de la construction européenne, c’est un peu comme les licornes, ça n’existe pas vraiment. Ou seulement dans les histoires qu’on raconte aux enfants. Mais il y a bien quelques espèces qui s’en rapprochent. Pour les licornes ce sont les chevaux. Pour les sauveurs de l’Europe, il y a Angela Merkel. La dirigeante qui inspire le plus de confiance au monde selon le classement établi en 2020 par un prestigieux centre de recherche américain. Une confiance construite tout au long de ses 16 ans de règne durant lesquelles la reine de l’Europe a su faire face à une multitude de crises qui auraient bien pu avoir la peau de l’Union européenne.

 

Angela Merkel et sa gestion de la crise financière de 2008

 

Exemple de crise à laquelle elle a dû faire face : la crise de 2008 qui s’est vite transformée en crise de la zone euro. Il a fallu renflouer les économies de pays noyés sous leur dette. Avec des plans de sauvetage difficiles à digérer pour une chancelière qui incarnait alors l’orthodoxie budgétaire, elle avait par exemple été intransigeante vis-à-vis des Grecs.

Et si Angela Merkel a finalement consenti à sauver la Grèce et la zone euro, cela s’est fait avant tout aux conditions allemandes, en imposant une cure d’austérité XXL aux Grecs, aux Portugais, aux Espagnols ou encore aux Irlandais.

 

Angela Merkel et sa gestion surprenante du covid

 

Mais on peut dire qu’elle a retenu la leçon, puisque c’est aussi celle qui a permis de mettre sur les rails le plan de relance pour sauver les économies des pays les plus durement touchés par le covid.

Et là plus question d’austérité. La chancelière a pesé de tout son poids politique pour que des centaines de millions d’euros viennent arroser les économies dévastées par la pandémie. Et pour cela elle a brisé un tabou absolu en Allemagne : celui d’un endettement commun des Européens pour financer ce plan de relance. Bref, elle a surpris tout le monde.


On la disait incapable de prendre une décision rapide, elle a été au rendez-vous de l’Histoire.


Tout comme au plus fort de crise migratoire en 2015 lorsqu’elle a été la seule dirigeante européenne à avoir le courage d’accueillir un million de personnes fuyant la guerre en Syrie d’un "Wir schaffen das" (Nous allons y arriver). C’est avec des décisions comme celles-ci qu’elle s’est construite une stature européenne.

 

Angela Merkel, protectrice des intérêts allemands, à tout prix

 

Des décisions qu’on lui a aussi reprochées de prendre seule en privilégiant les intérêts de l’Allemagne. Comme sa décision de sortir du nucléaire dans la foulée de la catastrophe de Fukushima. La conséquence, c’est qu’aujourd’hui l’Allemagne s’alimente en gaz russe via le très controversé gazoduc NordStream 2 et que cela augmente la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de Moscou.
C’est vrai aussi que pour protéger les intérêts économiques allemands, Angela Merkel a longtemps couvert le comportement de moins en moins démocratique et on peut le dire de moins en moins Européen du Premier ministre hongrois Victor Orban. Pas seulement parce que les deux dirigeants ont fait partie de la même famille politique, le PPE, mais surtout parce que la Hongrie, c’est l’arrière-cour de l’industrie automobile allemande.

Angela Merkel, cette grande européenne est-elle aussi la marraine du nationalisme en Europe ?

Pour la Hongrie, elle ne s’y est pas forcément opposée. Et aujourd’hui Victor Orban n’est plus seul à remettre en question les valeurs européennes. On pourrait aussi ajouter que les politiques d’austérité imposées par l’Allemagne aux pays du sud ont réveillé un puissant sentiment eurosceptique à travers l’Europe.


Angela Merkel restera certainement une figure marquante de la construction européenne, mais avec tout le pouvoir qu’elle a eu entre ses mains, elle aurait pu en profiter pour en faire une Europe plus unie, plus démocratique et plus solidaire et nous démontrer que contrairement aux licornes, les sauveurs de l’Europe existent vraiment.
 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK