Matin Première

Angela Merkel, 16 ans à la tête de la première puissance européenne

L’Union Chrétienne Démocrate, le parti d’Angela Merkel a choisi son nouveau président : Armin Laschet, un choix important parce qu’on vote en Allemagne cet automne et qu’Angela Merkel quittera son poste de chancelière : un véritable événement car ce poste elle l’aura occupé durant seize ans.

8 chanceliers en 70 ans

La République fédérale allemande existe depuis 1949, soit un peu plus de 70 ans : durant cette période l’Allemagne aura connu " seulement " 8 chanceliers.

A titre de comparaison sur la même période : en Grande-Bretagne, il y a eu 15 premiers ministres différents ; chez nous en Belgique, 22 et en France, si l’on comptabilise les premiers ministres et non les présidents on obtient carrément le chiffre de 34 depuis 1949.

C’est un signe évident de la grande stabilité de la vie politique allemande, beaucoup moins trépidante que ce qui se passe à Matignon, au 16 rue de la loi ou au 10 Downing street.

Trois endroits qui nous sont bien plus familiers et pas seulement à cause de " The crown " que la résidence du chancelier allemand.

 

L’influence colossale de l’Allemagne sur l’Europe

Et ce n’est pas le moindre paradoxe parce que Berlin nous paraît bien plus éloigné que Paris ou Londres et pourtant ce qui s’y décide à une grande influence pour nous et pour toute l’Europe.

Sur le plan économique, l’Allemagne est la première puissance du continent au plan politique son influence n’a cessé de grandir au cours des années, conséquence de la réunification entre l’ouest et l’est mais aussi et surtout à mesure que l’on s’éloigne de la seconde guerre mondiale qui avait abouti à une forme de mise sous tutelle du pays par les puissances alliées avec une présence militaire jusque dans les années 90.

La chute du mur a remis l’Allemagne au centre de l’Europe

Et c’est ce qui inquiétait particulièrement à l’époque François Mitterrand et Margaret Thatcher, eux qui ont vécu le traumatisme de la seconde guerre mondiale.

La chute du mur permettait la réunification allemande mais la grande Allemagne cela faisait peur. On reparle alors de la MittelEuropa, l’Europe centrale dominée par Berlin.

Un concept très controversé puisqu’il a été inventé durant la première guerre mondiale pour théoriser les buts de guerre de l’Empire allemand.

Pour éviter toute tentation, il y eut donc en 1990 une sorte de deal avec Helmut Köhl le chancelier allemand de l’époque : oui à la réunification rapide de l’Allemagne mais à condition d’arrimer solidement l’Allemagne au reste de l’Europe à travers l’Union économique et monétaire.

Le prix de la réunification allemande fut donc de troquer le mark contre l’euro et le chancelier Köhl assumera ce Helmut Köhl restera donc dans l’histoire comme le chancelier qui a permis la réunification de son pays, choix réalisé en évitant d’organiser un référendum dont le résultat aurait pu être hasardeux.

Qu’est-ce qu’on retiendra d’Angela Merkel ?

Tout d’abord le fait que c’est la première fois qu’une femme a occupé ce poste, ce qui lui a valu d’être souvent décrite comme la femme la plus puissante du monde, elle qui sera restée 16 ans à la chancellerie égalant ainsi le record d’Helmut Köhl.

Au-delà de cette longévité, on retiendra une étonnante capacité à rebondir. Ainsi, il y a dix ans lors de la crise de la zone euro, elle est au fait de sa popularité en Allemagne mais sa fermeté vis-à-vis de la Grèce qui est au bord de la faillite abîme son image à l’étranger.

Son intransigeance est vue comme l’arrogance du riche par ses partenaires européens. Contraste total avec la crise des migrants en 2015 : c’est elle qui se montre généreuse, alors que la plupart des pays européens sont bien frileux pour accueillir les migrants. Mais en Allemagne, cela se retournera contre elle, affaiblira son parti au profit de l’extrême droite qui fait un retour en force.

 

 

Un mandat en trop ?

En 2017, elle réussit à former son gouvernement après d’âpres et longues négociations auxquelles les Allemands au contraire des Belges ne sont pas habitués : la plupart des analystes lui prédisent le mandat de trop.

Et ils se sont tous trompés : ces derniers mois, Angela Merkel aura réussi trois défis : d’abord, une gestion de la crise sanitaire cohérente et globalement meilleure que beaucoup d’autres pays ; ensuite, en étant à la tête de l’Europe dans le cadre de la présidence européenne, l’adoption d’un plan de relance colossal plus fort que le plan Marshall ; enfin avec l’élection d’Armin Lashert pour lui succéder à la tête de son parti, c’est la ligne Merkel qui l’emporte, centriste, modérée et pro-européenne.

La politique intérieure allemande passe peut-être inaperçue chez nous mais elle a bel et bien des conséquences pour tous les Européens.

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