Matin Première

8 ans après le Brexit, David Cameron empêtré dans un scandale de lobbying

Qu’est devenu David Cameron ? En 2013, il était Premier ministre et pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, David Cameron c’est l’homme par qui le Brexit a commencé. 8 ans plus tard, il revient sur le devant de la scène pour un scandale pas très glorieux de lobbying.

 

Comment David Cameron a perdu son pari sur le Brexit


En 2013, David Cameron est Premier ministre et il a une grosse épine dans le pied. C’est la montée des eurosceptiques. En particulier au sein de son propre parti, le parti conservateur.
Et donc que fait David Cameron ? Il prend un risque énorme : il promet à l’aile dure de son parti, que s’il est réélu aux prochaines élections, il organisera un référendum sur la sortie de l’Union européenne.

Une idée un peu lancée sur un coup de tête, mais David Cameron est sûr de lui, il est convaincu que les Britanniques ne voteront pas en faveur du Brexit. Et puis arrive le 24 juin 2016 et patatras : c’est le oui qui l’emporte. C’est la vieille blague de l’arroseur arrosé : David Cameron perd son pari.

 

Une démission désinvolte


Du côté des conservateurs europhiles, c’est la stupéfaction, d’autant que trois semaines plus tard, alors que le pays est en pleine tempête politique, David Cameron quitte le navire : il démissionne, un moment hallucinant, David Cameron annonce sa démission devant le 10 Downing Street.


D’abord, il déclare : " Je vais me rendre chez la Reine pour remettre ma démission… Et d’ici mercredi soir il y aura un nouveau Premier ministre " mais ensuite, il tourne les talons pour rejoindre la porte d’entrée. Et là, il oublie que son micro est encore branché et il chantonne, manifestement très soulagé de refiler la patate chaude à Theresa May ! Une désinvolture qui choquera profondément les Britanniques.

 

Faire profil bas, ou pas

 

Quelques mois, plus tard, David Cameron se retire totalement de la vie politique et il fait profil bas.
Il ne redevient pas un citoyen comme les autres pour autant. Il entre dans ce qu’on appelle le " business des ex ". A l’instar de Nicolas Sarkozy ou de Bill Clinton, il va monnayer son image, en donnant des discours grassement rémunérés à travers le monde.

On le voit aussi prendre des vacances luxueuses, faire du surf, du tennis. Et puis, il décide d’écrire ses mémoires. Il reçoit une avance de 900.000 euros de son éditeur. Et pour écrire, il achète une roulotte de luxe à 28.000 euros, qu’il installe dans le jardin de sa maison de campagne très cossue, dans la banlieue chic de Londres. Tout cela évidemment alors que le pays est en pleine tourmente post-Brexit. Ce qui suscite pas mal de ressentiment chez une partie de la population britannique qui le tient pour responsable de ce chaos.


Il faudra attendre fin 2019, lors de la publication de ses mémoires, pour que David Cameron sorte enfin de sa réserve. Il affirmera prendre sa part de responsabilité dans le Brexit, mais pas de vrais regrets.

Je ne regrette pas d’avoir lancé le référendum. C’était une promesse que j’avais faite. Mais je regrette profondément qu’on l’ait perdu. Et je regrette les difficultés que nous rencontrons dans la mise en œuvre du résultat de ce référendum.

 

David Cameron à nouveau sous le feu des projecteurs


Entre les discours lucratifs et ses mémoires, David Cameron s’est aussi reconverti en homme d’affaires. S’il revient dans l’actualité c’est parce qu’il s’est empêtré dans un scandale de lobbying.
Tout tourne autour d’une société financière appelée Greensill, une société spécialisée dans les prêts aux entreprises.


Dès 2018, David Cameron devient le conseiller spécial de cette société. Et à ce titre, l’année dernière, il sort son bon vieux carnet d’adresses. Et il va faire pression sur plusieurs ministres du gouvernement, dont le celui des Finances pour que la société en question, Greensill, reçoive des aides publiques dans le cadre de la pandémie. Finalement, la société n’obtiendra pas ces aides. Elle fera même faillite en mars dernier. Mais l’affaire secoue profondément le monde politique britannique. Boris Johnson vient d’ailleurs de lancer une enquête indépendante pour faire toute la lumière.

 

Un véritable conflit d’intérêts


David Cameron reconnaît des erreurs, mais il estime ne pas avoir agi dans l’illégalité. C’est vrai que le lobbying n’est pas interdit au Royaume-Uni.


Mais ce qui pose question ici, ce n’est pas qu’il a fait du lobbying mais qu’il l’a fait de façon tout à fait informelle, non déclarée, à travers des petits SMS ou autour d’un verre par exemple.
On attend en juin, les conclusions de l’enquête lancée par Boris Johnson. Et de l’avis de certains, elle pourrait bien mettre au jour un véritable système de conflits d’intérêts au sein de la fonction publique, bien au-delà de l’affaire Cameron.

L’ironie de toute cette histoire, c’est qu’en 2010, alors que David Cameron était sur le point de devenir Premier ministre, il avait lancé une mise en garde, en déclarant :

Le lobbying est le prochain grand scandale qui nous attend.


On peut dire que pour le coup, contrairement au Brexit, il ne s’est pas trompé dans ses prédictions, sauf qu’il y a 11 ans, il n’imaginait sans doute pas une seconde qu’il serait au cœur de ce scandale.

Réécouter l’œil d’Annick Cappelle

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