Matin Première

40 ans après : que retenir de la victoire de François Mitterand ?

Le 10 mai 1981 pour la première fois en France, un président socialiste est élu au suffrage universel. En quoi cette élection a-t-elle été autant un moment historique que mythique ?

 

Une victoire historique

Quand le résultat est tombé à 20 heures, ce fut au siège du PS une explosion de joie à la mesure de leur espoir.

Entre 18h30 et 20 heures, la nouvelle circule mais les militants de gauche ne veulent pas vraiment y croire. Comme le dira François Hollande, qui à l’époque est un jeune membre de l’équipe de campagne :

 je veux croire en cette annonce mais je n’en suis pas sûr tant que cela n’a pas été proclamé au journal de 20 heures Est-ce qu’au dernier moment il n’y aura pas une inversion que sais-je encore ? 

François Mitterrand lui n’est pas à Paris mais dans son fief de Château Chinon à l’hôtel-restaurant du Vieux Morvan bondée de journalistes.

En ces moments historiques, il leur parle de la forêt du Morvan, avec de longues tirades sur son côté à la fois sombre et lumineuse. AU même instant, vers 18h30, un de ses proches vient de recevoir la nouvelle de la victoire.

Il n’ose pas l’interrompre mais finit par lui glisser à l’oreille : c’est gagné : tous les instituts donnent 52/48. Sur son visage, pas une émotion, pas un rictus : " bon bon nous verrons ça ". Tout Mitterrand est là, dans cette retenue inouïe : il faut le voir ce soir-là prononcer son premier discours en esquissant à peine un sourire avant de prendre la parole où il se glisse d’emblée dans une posture présidentielle

 

10 mai 1981 : un moment mythique

Pour comprendre combien ce fut en tout cas un moment rare, il faut faire un détour sur un livre peu connu : " la France m’épuise " de Jean-Louis Curtis écrit à la manière de : la victoire de Mitterrand comme l’aurait écrite de grands écrivains d’autrefois.

Roberte Swan, qui avait soutenu la campagne de Monsieur François Mitterrand, donna une grande fête dans son hôtel particulier de la rue saint-dominique. Le soir même du 10 mai elle m’avait téléphoné, dans l’exaltation du triomphe… "

Proust, convoqué ici au même titre par exemple qu’un Mauriac révolté ou qu’ un Zola exalté par cette victoire. Ce pastiche est exemplaire parce qu’il consacre l’importance de l’événement tout en installant une distance ironique.

Finalement tout est relatif : non la France ne sera pas gouvernée par Moscou comme le craignait certains milieux de droite terrorisés par l’arrivée de ministres communistes dans le gouvernement.

 

Le désenchantement de certains électeurs de François Mitterrand

Déchanter au sens propre d’ailleurs parce que François Mitterrand avait commandé à Mikis Theodorakis cet hymne au titre tellement prometteur et séduisant " changer la vie "

Changer la vie, quel programme ! Il y eut ces vrais les premiers marqueurs de gauche, la hausse du Smic de 20% , la retraite à 60 ans, les nationalisations d’entreprise mais deux ans plus tard il y eut aussi, au nom de la lutte contre l’inflation et les déficits, le tournant de la rigueur qui fut un choc pour beaucoup de militants.

 

40 ans après que retenir de cette victoire ?

D’abord que le mythe résiste mal aux exigences du quotidien, ensuite que François Mitterrand restera, après le général De Gaulle auquel il s’est toujours opposé, comme le président français qui a le plus marqué l’histoire. Enfin, qu’il y a quelque chose d’assez pathétique dans l’événement qu’organise aujourd’hui le parti socialiste français : réveillons l’histoire. Pour redonner des couleurs à un parti qui, tout un symbole, a dû vendre le siège de son parti rue de solférino pour s’installer en banlieue parisienne, le PS français convoque le fantôme de François Mitterrand.

 

 

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