Matin Première

2020, la pire année de l’histoire ?

Le grand périodique américain Time vient de décrire l’année 2020 comme la pire année de l’histoire. L’information a fait le tour du monde. Le premier réflexe, pour un Européen du moins, pourrait être de s’indigner : comment peut-on avoir oublié par exemple les horreurs des guerres mondiales ? Les régimes totalitaires ?

 

L'après 40-45, un grand moment de solidarité ?

De fait, on entend souvent l’opinion que les gens d’aujourd’hui sont des mauviettes, par rapport, par exemple, aux Européens des années 40, qui ont supporté sans broncher bien pire que cela. Peut-être, mais il y a un non-dit. Un grave oubli : contrairement à ce qu’une vision naïve de l’histoire pourrait laisser croire, après les années d’horreur de la Seconde Guerre mondiale les Belges ou autres Européens ne se sont pas réunis en frères et sœurs pour construire un monde prospère et paisible. Ce fut bien plus compliqué que cela.

Il a fallu trente ou quarante ans avant que les sociétés occidentales ne retrouvent un semblant de stabilité. On oublie aisément que les années de l’après-guerre ont connu d’innombrables soulèvements armés de la population et de très graves troubles à l’ordre public (entre mille exemples lors de la question royale), des moments où le maintien du système politique était clairement en suspens, avec quantité d’attentats meurtriers venant de toutes sortes d’horizons, des syndicats dont certains avaient pour objectif revendiqué l’émeute et le massacre (cf le déraillement délibéré de train à Arras en 1947 ayant fait des dizaines de morts). Mais aussi le phénomène de bandes armées, avec parfois de longues années requises avant qu’on ne réussisse à les maîtriser. Sans oublier, bien entendu, la grande pauvreté, le très fort taux de criminalité et le désespoir.

 

Les conséquences psychologiques de la guerre 

De nos jours, un consensus parmi les sociologues explique les phénomènes jusqu’à environ 1980 par les traumatismes de la guerre : d’une part, la génération ayant été adulte lors de la guerre et dont le traumatisme fut tel qu’une partie conséquente n’était socialisable qu’avec les plus extrêmes difficultés, en particulier s’agissant des anciens soldats ayant connu le pire. D’autre part, la génération suivante, ayant été dans l’enfance pendant la guerre ou née juste après, dont le rejet de la précédente explique les longues années de troubles dans les années 60, avec des phénomènes qu’aujourd’hui on ne tolérerait plus en termes d’abus sexuels massifs sur les femmes ou les mineurs et une sorte de culte généralisé des stupéfiants. Les grands scandales pédophiles du passé s’inscrivent pleinement dans ce contexte.

Est-ce une vision noire de ce qui risque de nous tomber dessus d’ici peu ?

Je l’espère.

Deux points pour réfléchir : 

D’une part, le fameux programme Erasmus considère qu’en six ou dix mois environ, on peut faire découvrir l’Europe et la pluri-culturalité européenne. C’est parfaitement exact : il a bien un phénomène de génération Erasmus.

La question dès lors est quelles sont les conséquences de ne fût-ce que six à dix mois de diabolisation des voyages à l’étranger sur une jeune vie ?

Deuxième point de réflexion. Beaucoup d’adolescents, depuis quasiment un an, n’ont remis les pieds à l’école que de façon erratique dans le meilleur des cas. Le plus clair de leur temps se passe reclus dans une chambre, avec un écran. Pour les mouvements néo-nazis, en particulier ceux présents sur internet, la crise politique autour du virus a été une divine surprise ; ils drainent une audience record.

Oui, en vérité, le déficit budgétaire ne sera qu’une infime partie de ce que nous devrons payer pour nos choix communs.

 

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